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Frédérique VORUZ


Lalalangue

Sur la scène, une chaise, un écran et un projecteur de diapositives.
Frédérique Voruz entre et présente sa mère, une femme dont l’histoire familiale a tragiquement basculé alors qu’elle avait devant elle toute la promesse d’un avenir réussi.
Tandis qu’ils pratiquent l’escalade dans les calanques de Marseille, son mari, premier de cordée, fait une chute, l’entraînant avec lui. La jeune femme, après une période de coma, se réveille amputée d’une jambe et des deux garçons qu’elle portait.
En état de sidération, elle dit alors « Je me vengerai sur les enfants ».
Frédérique, dernière d’une fratrie de sept, grandit dans ce contexte si singulier, entre une mère unijambiste, meurtrie, et un père replié dans son monde, aimant parler aux arbres.
La religion structure la vie quotidienne de la famille et, sous le regard inquisiteur de Jésus, entre culpabilité et stigmatisation, la fillette se construit comme elle peut.

Frédérique Voruz, dans ce seule-en-scène, nous livre avec brio le texte dont elle est l’auteure, une confession dont on ne peut imaginer la teneur.  Analyse d’une enfance qui sera sauvée par la psychanalyse et le théâtre, le récit est centré sur la mère et cette jambe qui manque, membre remplacé par une collection de jambes substitutives que sa mère change à l’envi.
Les mots sont minutieusement choisis.
Incarnant plusieurs personnages (la mère et le père bien entendu mais également une truculente psychiatre) elle passe de l’un à l’autre de façon rapide et fluide via des jeux de tessitures de voix et de postures variées. Douée d’une formidable énergie, Frédérique Voruz semble pouvoir transformer en énergie positive tout ce qu’elle touche.

La mise en scène est réalisée par Simon Abkarian. Structurée par les diapositives familiales projetées sur l’écran, les déplacements de la comédienne qui tourne autour de sa chaise, s’y assied ou grimpe dessus, le tout à un rythme effréné, elle donne à voir ce parcours de vie incroyable, véritable lutte contre l’adversité ou l’amour et la haine n’ont jamais été aussi complémentaires.  
Les jeux de lumière sont très réussis. Ils subliment les expressions du visage de la comédienne dont le jeu, à la fois drôle et grave, vif et précis, est impressionnant.
La palette d’émotions est large, on passe du rire à l’effroi en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Le récit, sans pathos aucun et à l’humour acéré, nous laisse parfois sans voix.
Une vraie claque.
C’est bouleversant et magnifiquement interprété.
On ne voit pas le temps passer !

Cécile De Ram 
(21/11/22)    



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Une loge
pour le strapontin









Théâtre
du Rond-Point


2 bis, avenue
Franklin D. Roosevelt
75008 Paris




Écriture et interprétation
Frédérique Voruz

Mise en scène
Simon Abkarian

Conseil artistique
Franck Pendino

Création lumières
Geoffroy Adragna

Création son
Thérèse Spirli





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