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Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD


Un beau diable

Après ne fantastique trilogie (L’autre rive, À cause de l’éternité et Ici_bas), Georges-Olivier Châteaureynaud nous offre un roman diablement faustien. Le héros, Florian, a des allures de Frédéric Moreau flaubertien, de Julien Sorel stendhalien ou de Gérard Philipe dans La beauté du Diable. Un très beau jeune homme qui hésite encore sur les chemins à suivre professionnellement et amoureusement.

Pour le moment il vient de tourner un film, Un beau diable, où sa prestation a été très remarquée. « Le film avait plu tel qu’il était, imparfait, quelque part ingénu, pauvre en effets spéciaux coûteux, surtout riche de la jeunesse des protagonistes. Beaucoup reposait sur Florian Prairial et presque autant sur sa partenaire mais, sans mésestimer la grâce un peu diaphane de Lauranne Bruyère, la beauté du diable du titre c’était surtout la sienne. » Mais pour lui le cinéma n’est pas une passion, un fantasme d’enfant, un projet de vie. C’est plutôt le produit du hasard, de ce vent malin qui oriente son existence, presque à l’insu de sa volonté.
« Un instant, il faillit se griser de ce qui pouvait constituer le coup d’envoi d’un destin de vedette. Ce qui l’en retint fut qu’à la différence de Lauranne il n’avait pas rêvé de devenir acteur. Alors qu’il préparait avec plus de nonchalance que de détermination une licence de lettres en Sorbonne, un ami (ou plus qu’un ami ?) de sa mère, vaguement impliqué dans la production cinématographique, l’avait incité à tourner un bout d’essai. L’expérience aurait pu s’avérer ennuyeuse. Elle l’avait intrigué, amusé. À sa surprise il avait décroché le rôle. »

Côté cœur, il se partage entre deux femmes très différentes.
Romina est une étudiante qui « ne manquait jamais aucun cours et prenait des notes d’une écriture idéalement lisible. Ils avaient eu en première année une espèce d’aventure qui se poursuivait depuis lors en une sorte de liaison en pointillés. » Elle lui fournit les cours qu’il manque et qu’il ne lit même pas.  Elle est très amoureuse de lui.
Automne est une cinquantenaire rencontrée à Paris mais qui habite à Montfort-l’Amaury où il passe des nuits de temps à autre, dans un vaste appartement qui le change de sa chambre de bonne. Aucun engagement de part et d’autre. Seulement de la tendresse et du plaisir.

Florian semble baigner dans un bonheur paisible où tout lui réussit sans qu’il fournisse beaucoup d’efforts mais la sortie d’Un beau diable va le confronter à des choix difficiles et lui compliquer sérieusement l’existence.

Tout commence avec cet homme, Fallen, très riche, qui a adoré le jeu de Florian et veut absolument l’engager pour un vaste projet cinématographique à partir d’un texte poétique de Victor Hugo, La fin de Satan. Mais Florian hésite. Jouer le diable deux fois de suite, c’est entrer dans une case dont il peut être difficile ensuite de sortir. Le contrat que lui propose Fallen est toutefois très tentant avec un cachet hollywoodien.
Il est prêt à signer quand un autre projet lui est soumis pour interpréter Gérard de Nerval et sa liaison avec la comédienne et chanteuse Jenny Colon. « L’histoire est belle et cruelle, tragique. Il est fou, et pas seulement d’elle, bientôt fou à enfermer. Elle, légère comme une théâtreuse, admet tout juste qu’il l’aide à sa carrière. »

C’est alors qu’il va se trouver la cible d’une série d’incidents étranges et désagréables, dans le réel et le virtuel, et notamment une vilaine rumeur sur les réseaux sociaux.  
« – Que tu sois blanc comme neige ou noir comme la suie d'un four crématoire, celui qui a lancé ce bruit veut ta peau. Sans aller jusque-là, tu risques gros...
Dans quelle époque tu te figures que nous vivons, Florian ? Je doute que tu en aies une idée claire. Les réseaux sont aujourd'hui la vraie voix du peuple, ou du populo si tu préfères. Ils encensent et condamnent, sanctifient et salissent... Notre société leur a donné naissance et leur a laissé la bride sur le cou. Résultat, les voilà délateurs, prédateurs, bientôt cannibales. À tort ou à raison ils t'ont repéré, ils vont s'acharner sur toi. »

C’est avec beaucoup de plaisir et d’intérêt que nous voyons Florian passer par toute une palette de sentiments et d’émotions, de sa légèreté coutumière à une profonde dépression, de l’espoir à la déception, de l’insouciance à l’abattement, au fil des événements, quand son quotidien prend des airs de montagnes russes, entre projets enthousiasmants et cruelles attaques, comme si le fait d’avoir joué Satan faisait de sa vie un enfer…
 
Georges-Olivier Châteaureynaud tire les ficelles de cette histoire avec le talent et le machiavélisme d’un Méphistophélès manipulant à plaisir l’âme d’un beau personnage qui ne sait pas toujours très bien ce qu’il veut et dont l’inconstance peut sérieusement irriter ceux qui ont besoin de lui et leur donner envie de l’aider à choisir.
L’auteur ajoute une nouvelle œuvre diablement efficace, par son écriture, sa construction et la densité des personnages, à un parcours déjà très riche où l’imaginaire, l’étrange et le fantastique occupent une place de choix.

Serge Cabrol 
(26/03/25)    



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Lectures







Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD, Un beau diable
Grasset

(Mars 2025)
288 pages - 22,90 €

Version numérique
15,99 €






G.-O. Châteaureynaud,
né en 1947, nouvelliste et romancier, prix Renaudot 1982 et Goncourt de la Nouvelle 2005, est l'auteur d'une trentaine de livres.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia










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