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Marin LEDUN
Henua
Pour ce nouveau roman, Marin Ledun nous emmène à Nuku Hiva la plus grande île de l’Archipel des Marquises dans l’océan Pacifique. Le décor est magnifique mais la condition humaine peut vite transformer le paradis en enfer. C’est ce qui s’est produit pour Paiotoka O’Connor, une jeune femme dont un chasseur trouve le corps dans un coin perdu de la montagne. Elle a été violemment assassinée. Les Marquises font partie de la Polynésie française et c’est donc à la procureure de Papeete que le dossier a été envoyé par la brigade de gendarmerie territoriale. Le lieutenant Tepano Morel est envoyé depuis Tahiti pour diriger l’enquête. Il est accueilli sur place par une sous-officier, Poerava Wong, qui a un caractère énergique et déterminé. La relation entre eux ne sera pas un long fleuve tranquille mais leurs échanges permettent au lecteur d’apprendre beaucoup de choses sur l’île et ses habitants. Le lieutenant Morel va aussi enquêter pour son propre compte sur ses origines maternelles. Sa mère, maintenant décédée, est native de Nuku Hiva où elle a rencontré un professeur venu de métropole avec qui elle est partie vivre à Bordeaux. Pourquoi sa mère est-elle partie ? Pourquoi n’a-t-elle jamais voulu revenir dans son île ? Morel va l’apprendre au fur et à mesure de ses déambulations dans l’île, quand les langues vont peu à peu se délier. Il découvre qu’en 1972, « elle s'était embarquée comme cuisinière pour Eiao, une petite île des Marquises aujourd'hui inhabitée, située à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Nuku Hiva. Le programme de forage était dirigé par le Centre d'expérimentation du Pacifique, la filiale tahitienne du Commissariat à l'énergie atomique français. Des bombes nucléaires explosaient au-dessus de Mururoa et de Fangataufa depuis l'été 1966. Certains s'inquiétaient des retombées radioactives. D'autres relativisaient. Ils y voyaient des opportunités d'emploi pour les jeunes, l'arrivée des premiers avions, le désenclavement des îles et l'argent qui atteint enfin le fond des vallées ènana. La France préparait un vaste plan de poursuite des essais, souterrains, cette fois-ci. L'île d'Eiao avait été retenue comme candidate. Trois puits y furent forés de 1972 à 1973, puis le projet avait été abandonné pour des raisons géologiques. Morel connaît la suite. En dépit des promesses du ministre de la Défense nationale de l'époque, Michel Debré, les bombes ont continué à exploser jusqu'en 1997 sur Mururoa. » Cela a-t-il un rapport avec son départ de Polynésie et son refus d’y revenir, Morel va continuer à chercher… Quant à l’enquête sur la mort de Paiotoka O’Connor, plusieurs pistes vont se présenter et Morel aura bien besoin de son adjointe polynésienne pour évoluer au sein de la population, interroger les suspects, démêler le vrai du faux… Il veut connaître mieux la victime, sa vie, ses fréquentations, son passé autant que son présent, avant de commencer vraiment à chercher le coupable. C’était une jeune femme très appréciée de tous, « une belle femme et une excellente danseuse, impossible de ne pas la remarquer. Elle était très investie dans la vie culturelle locale et dans les associations de préservation de l’environnement. » Elle avait un fils autiste de père inconnu qu’elle confiait souvent à sa sœur et devait se marier prochainement avec Bastien Maillart, un homme très amoureux d’elle mais elle avait renoncé à ce projet sans explication. « Paiotoka était une femme libre. Une vraie Marquisienne. Pas d’attaches d’aucune sorte. Elle n’était pas sous l’emprise de Bastien. C’était elle qui décidait avec qui elle était ou n’était pas et quand. » La jalousie pourrait être un mobile mais cette piste ne va pas mener bien loin. Morel va interroger Bastien, bien sûr, et rencontrer le fils autiste, chercher la signification des colliers et des tatouages qu’elle portait, fureter dans tous les coins et recoins de sa maison et de sa vie, et parvenir à se faire une idée assez précise de qui elle était, qui elle voyait, ce qu’elle faisait de nuit et de jour, recomposer son emploi du temps, suivre ses traces jusqu’à l’instant de sa mort… Et ainsi savoir qui l’a tuée et pourquoi. Marin Ledun réussit un roman passionnant avec des personnages attachants qui, au fil de leurs enquêtes, cherchent aussi à mieux se connaître et qu’on accompagne avec beaucoup de plaisir et d’intérêt dans un lieu paradisiaque mais portant encore les cicatrices du colonialisme et des essais nucléaires.
Serge Cabrol
(24/03/25)
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Sommaire
Noir & polar

Gallimard
Série Noire
(Février 2025)
416 pages - 19 €
Version numérique
13,99 €

Marin Ledun,
né en 1975, a publié de nombreux livres et reçu plusieurs prix littéraires.
Bio-bibliographie sur
Wikipédia
Pour visiter
le blog de l'auteur :
www.pourpres.net /marin
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