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Valentine IMHOF
Les abandonnés de l’île Saint-Paul
Série L'affaire qui...
Parce que les faits divers et leur traitement médiatique sont des indicateurs précis d'une époque, l'Aube noire s'associe à Retronews, le site de presse de la BnF, pour revenir sur des affaires survenues de la fin du XVIIIe siècle jusqu'au milieu du XXe. Dans cette série, des autrices et des auteurs de polar ou de roman noir scrutent, chacun dans son style propre, la société française à travers le prisme de la violence. Les ouvrages sont séquencés par une quinzaine d'illustrations (articles et dessins de presse, photos, gravures...) issues des riches fonds iconographiques de la BnF. (Michèle Pedinielli, directrice de la série)
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L’affaire présentée ici par Valentine Imhof s’est déroulée en 1930 quand sept personnes ont été laissées sur une île de l’océan Indien pour une mission qui devait durer trois mois. Les survivants n’ont vu revenir un bateau qu’au bout de neuf mois… Les eaux entourant l’île Saint-Paul sont riches en langoustes et une entreprise, La Langouste française, y a installé une conserverie pour mettre les crustacés en boîtes sur place. Les campagnes de pêche et de mise en boîtes durent six mois. En mars 1930, l’Austral charge les quatre cent mille boîtes produites et se prépare à lever l’ancre pour ramener les ouvriers chez eux en passant par Madagascar pour déposer les employés malgaches. Mais pour gagner du temps lors de la prochaine campagne et passer à un million de boîtes produites, il faudrait laisser sur place quelques employés pour entretenir les installations et les protéger contre les effets des intempéries et les risques d’une visite inopportune « d’écumeurs et aventuriers des mers du Sud ». « Il faut donc les trouver, et vite, ces volontaires qui vont veiller sur la conserverie. Pour ce faire, on déploie hardiment fausses promesses et arguments spécieux. À écouter Henri Fargon, directeur adjoint de la société, ce gardiennage s'apparente à une sinécure. Un peu de bricolage, un peu de ménage, quelques menus travaux de maintenance des machines, […] deux à trois heures d'ouvrage par jour à tout casser, et pour le reste, tout le temps de se la couler douce. » Les volontaires seront bien nourris, confortablement logés et « grassement payés, puisqu'ils continueront à percevoir la totalité de leur salaire, le même salaire que pendant la campagne, soit six cents francs par mois, en trimant dix fois moins... » Le 3 mars 1930, ils sont sept à regarder L’Austral s’éloigner… Dans la première partie du livre, Valentine Imhof nous montre que les choses ne se sont pas du tout passées comme prévu. Ils n’ont aucun moyen de communiquer avec l’extérieur. Parmi les sept il y a une femme enceinte, presque à terme. Elle accouche le 26 mars d’une petite fille prénommée Paule « qui meurt le 25 mai. À huit semaines à peine. Louise, inquiète depuis plusieurs jours et qui se trouvait bien démunie, totalement impuissante face à son bébé qu'elle regardait dépérir, a tenté de trouver des réponses dans le livret médical. En vain. Elle n'a su que la bercer et l'a vue mourir dans ses bras. » Trois hommes vont mourir du scorbut, un quatrième se noie en sortant pêcher un jour de tempête. Et les mois passent sans que L’Austral revienne. Parallèlement, au Havre, on prépare la campagne suivante. Pour améliorer la rentabilité, on va modifier la technique de pêche et l’Austral devient phoquier au lieu de langoustier. Désormais il se rendra directement aux Kerguelen sans passer par Saint-Paul. Les survivants pouvaient toujours l’attendre… Il faut trouver un autre bateau et ce n’est que le 6 décembre 1930 que la relève débarque à Saint-Paul. Il ne reste que trois survivants qui ont vécu l’enfer. La deuxième partie explique comment cette criminelle histoire est devenue une « affaire » politique et judiciaire dans le contexte d’un colonialisme raciste qui s’affiche ouvertement dans l’Exposition coloniale de mai 1931. Les procès vont s’enchaîner pendant plusieurs années, La Langouste française va être condamnée mais, malgré toutes les promesses, les survivants « n’ont jamais vu la couleur des dommages et intérêts qui leur sont dus et rien ne semble avoir été tenté pour obtenir le moindre centime de la société de pêche devenue insolvable ». Valetine Imhof nous fait partager l’horreur de ces neuf mois passés dans des conditions exécrables avec un espoir s’amenuisant de jour en jour et ensuite, après leur retour, l’humiliation des victimes que certains avocats vont considérer comme responsables de leur situation. Une quinzaine d’illustrations, surtout des coupures de presse, accompagnent le texte et montrent comment cette affaire a été traitée dans les journaux de l’époque. Ce premier volume augure bien de la nouvelle série. À suivre…
Serge Cabrol
(02/02/26)
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Sommaire
Noir & polar

L'Aube noire
(Janvier 2026)
128 pages - 11,90 €

Valentine Imhof
Bio-bibliographie sur
le site de l’éditeur
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