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Olivier TRUC


Base Toundra


Pour la durée de ce roman, Olivier Truc nous installe sur un petit aérodrome militaire isolé au fin fond de la Laponie suédoise à deux époques différentes, en alternance. Le prologue se déroule au début de la Seconde Guerre mondiale ; au chapitre suivant nous voici au même endroit mais en 2023.

Le 1er septembre 1939, Le major Dager Trulsson commande la Base Toundra, c’est-à-dire l’aérodrome F67 des Forces armées suédoises. Une mission étrange dans un lieu très spécial. C’est le capitaine Stig Blumfors qui arrive aux commandes d’un petit avion Junkers F 13 pour apporter au commandant Trulsson les dernières consignes à appliquer. « L’Allemagne vient d’envahir la Pologne, la guerre a éclaté, mon commandant, et notre gouvernement a décrété aussitôt la neutralité de la Suède. L’aérodrome F 67 vient de passer sous l’autorité des services de renseignement et d’être mis au secret. » Blumfors devient l’adjoint de Trulsson et la relation entre les deux est tout de suite glaciale. Blumfors s’efforcera de respecter la neutralité alors que Trulsson a une admiration sans limites pour la puissance allemande. C’est cette relation, son enjeu et ses conséquences, que nous allons suivre au fil du roman.

En février 2023, c’est un Français, le capitaine Guy Puech, qui atterrit sur la Base Toundra avec son régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine pour un mois d’exercices en conditions arctiques sous l’autorité de la capitaine suédoise Maria Piat Tedellius. Si le respect de la neutralité était un choix difficile à respecter en 1939, la situation internationale de la Suède en 2023 était à nouveau complexe. « Depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, la Suède avait fait part de son désir de rejoindre l'OTAN, après la décision de son voisin finlandais de faire de même, et ça n'allait pas de soi pour un pays neutre depuis deux siècles. La Turquie mettait des bâtons dans les roues de l'adhésion suédoise, exigeant l'extradition de militants kurdes dont Ankara se foutait, c'était apparemment juste un moyen de mettre la pres­sion sur les Américains, qui souhaitaient l'adhésion de la Suède, en espérant obtenir enfin la livraison d'avions de chasse F-16 que Washington refusait de vendre aux Turcs parce que ces derniers soutenaient des djihadistes contre des combattants kurdes alliés des Américains. Un gros marchandage, classique, qui dépassait les pauvres Suédois qui ne pigeaient rien à cette partie à trois bandes et s'aplatissaient devant les Turcs. »

Les analyses d’Olivier Truc, journaliste qui vit en Suède depuis 1994 et y a été correspondant du Quotidien Le Monde, sont toujours passionnantes. Mais au-delà de ces réflexions éclairantes, il construit un polar riche en mystères et en secrets, en meurtres et en trahisons.

Une rencontre avec Torkel Nutti, le chef du clan sami des éleveurs de rennes, attise la curiosité du capitaine Puech et va l’entraîner à en apprendre plus sur ce qui s’est passé là, sur cet aérodrome, pendant la Seconde Guerre mondiale et notamment, sur le rôle des Sami et de leurs rennes. La capitaine suédoise décide de l’emmener rencontrer sa grand-mère maternelle dont le père était éleveur de rennes. Quand Puech se présente comme parachutiste français, il ne s’attend pas à la réaction de la grand-mère.  « Elle laissa échapper le tisonnier qui tomba sur le sol en bois. Elle porta les mains à sa bouche, comme si elle avait vu le diable. » Une fois remise de ses émotions, la grand-mère va chercher un sac plastique dont elle sort trois cahiers. « Ces cahiers ont été écrits par un officier suédois qui a servi sur cet aérodrome pendant la guerre, celui où vous êtes. C’était un capitaine, comme lui, comme toi. Il s’appelait Stig Blumfors, un pilote. » Elle ouvre un cahier et s’arrête sur une page qu’elle semble avoir souvent consultée. « C’est la première fois que Stig Blumfors fait mention de Joseph Vivarès. C’était un pilote, un Français, qui était arrivé par les airs aussi, comme lui, dit-elle avec un coup de menton vers Puech. […] C’était quelque temps avant que ce pilote français soit assassiné, là, sur l’aérodrome. »

Ces cahiers sont écrits en suédois et c’est donc la capitaine suédoise Maria Piat Tedellius qui va les traduire pour Puech et ils vont revivre ainsi ensemble (et nous avec eux) tout ce qui s’est produit pendant la Seconde Guerre mondiale dans ce lieu isolé et coupé du monde par la mise au secret du gouvernement. Au fil des pages, on va comprendre les relations qui se sont tissées, entre le major Dager Trulsson, le capitaine Stig Blumfors, le pilote français Joseph Vivarès et quelques autres personnages dont plusieurs Samis.

Cette lecture-traduction des cahiers va rapprocher les capitaines, la Suédoise et le Français, mais en alternant avec leur travail quotidien et le déroulement des manœuvres militaires en territoire polaire où les parachutistes français ont beaucoup à apprendre des Samis.

À la fois polar et roman politique, ces aventures sur deux périodes sont passionnantes, pleines de mystères, de secrets, d’histoires d’amour, d’actes de bravoure mais aussi de trahisons et d’assassinats. Après Le dernier Lapon,  Le premier renne et plusieurs autres romans chroniqués sur notre site, Olivier Truc nous offre un nouveau voyage au pays des Samis, comme chaque fois sous un angle différent. On ne s’en lasse pas et, au contraire, on en redemande. À suivre…

Serge Cabrol 
(29/10/26)    



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Noir & polar








Métailié Noir

(Septembre 2026)
432 pages - 22 €

Version numérique
12,99 €








Olivier Truc,
journaliste depuis 1986, vit à Stockholm depuis 1994 où il a été le correspondant du Monde. Spécialiste des pays nordiques et baltes, il est aussi documentariste pour la télévision.









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Le détroit du Loup

La Montagne rouge

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Les sentiers obscurs
de Karachi


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