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Isabelle ROSSIGNOL


Chambre 152


Isabelle Rossignol lance un cri face à l’équipe médicale qui maintient sa mère en vie alors que celle-ci veut mourir puisqu’elle est sous oxygène, coincée dans son lit ce qui ne lui permet même plus de voir le monde extérieur par la fenêtre. Elle ne peut plus parler. Sa fille se sent responsable et parle à sa place mais l’équipe médicale est là pour soigner sa mère et non la tuer. « J’éprouve le sentiment exact et contraire que vous devriez induire car ne devrait-on pas être rassuré en vous voyant ? Votre médecine ne devrait-elle pas être du miel ou crème lactée à senteur d’aimable apaisement plutôt que cette puissance et ce tranchant de vos visages courroucés en tolérant de m’écouter une énième fois malgré vos réticences déjà affichées. »

Le problème des soins palliatifs et de la loi qui ne permet pas encore de choisir le moment de sa mort quand il n’y a plus d’espoir sont abordés avec beaucoup d’émotions mêlées, la colère, la honte, le désespoir, l’amour, la haine…

L’écriture épurée d’Isabelle Rossignol rend avec beaucoup de force et de justesse cette période si particulière où nous sommes confrontés aux derniers moments de vie de l’un de nos parents. Le désir de les voir mourir pour qu’ils ne souffrent plus et celui de rester encore avec eux se confrontent dans la confusion de l’amour.

Ce texte, très touchant, est aussi l’occasion de découvrir des éléments de la vie et de la personnalité de cette mère qui attend la mort, Madeleine qui voulait être appelée Mado. Même âgés, les parents sont toujours ceux qu’ils ont été. Leur vie persiste au-delà de leur vieillesse et de leur mort.

Cet amour et cette vitalité sont parfaitement exprimés par Isabelle Rossignol au fil de 152 fragments qui s'éteignent tel un souffle dans la complexité des sentiments.

Brigitte Aubonnet 
(30/08/22)    


Extrait (Fragment 50) :

Longtemps, nous avons vécu au-dessus du commerce, dans quelque chose de laid et d'étroit à quoi nous nous y étions faites, c'était chez nous et la mer était toute proche.

Nous nous disputions bien sûr cris bouderies et les non-dits d'usage, jamais de je t'aime ni marques d'affection, il est probable que nous n'y pensions pas ou alors nous pensions que nous avions le temps.

Oui il est probable que nous pensions cela : nous avons le temps.



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Le Panseur

(Août 2022)
128 pages - 13





Isabelle Rossignol,
formatrice et animatrice d'ateliers d'écriture, publie alternativement des ouvrages pour la jeunesse et pour les adultes.



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