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Sebastian BARRY


Au bon vieux temps de Dieu


Lorsque Tom Kettle, un inspecteur de police à la retraite venu s’isoler dans la campagne irlandaise, est contacté par deux de ses anciens collègues, il sent aussitôt que son repos est menacé. Il a raison. Car ses collègues venus sonner à sa porte viennent réveiller une affaire des plus sombres, que Tom avait tenté d’ensevelir, assis sur son fauteuil en rotin en n’attendant plus rien de la vie sinon qu’elle passe puis se termine.
Une affaire des plus sombres en effet, celle des prètres qui ont commis de terribles abus sur des enfants. L’un d’eux, jadis, avait été retrouvé mort. Un autre vient d’être arrêté mais le voici qui accuse Tom d’être le meurtrier du premier. Est-ce vrai ? Et pourquoi Tom aurait-il tué ce prètre ?
Le roman y répondra, via l’enquête mais aussi et surtout par le biais des souvenirs de Tom. Nombreux sont ses souvenirs. Si nombreux qu’il s’y perd parfois, ne sait plus ce qui est vrai ou faux, réel ou non. Ainsi, souvent, Tom s’égare, Tom divague. Il ressemble un peu au si beau personnage d’Antonio Tabucchi dans Pereira prétend, cet homme veuf qui reconstitue un pan d’histoire portugaise tout en parlant au portrait de son épouse comme si celle-ci était encore vivante.
Tom est veuf lui aussi. Et Tom voit sa femme June de temps en temps comme si elle était près de lui. Il l’a tant aimée… Et ce prètre mort lui a fait vivre de telles atrocités lorsqu’elle était enfant que… peut-être… Oui peut-être que Tom a tué pour elle…
Sur fond de temps irlandais aussi contrarié que Tom et son passé, Sébastian Barry montre une Irlande aux prises avec une église qui ne peut qu’être pointée du doigt. Même si aujourd’hui, apprend-on dans le roman, il y a plus de pubs que d’églises à Dublin, le pouvoir des prêtres est toujours trop grand, trop malsain. Ce pouvoir a massacré des vies, comme celle de June, comme celle de Tom, comme celles de tant d’autres inconnus.
Il fallait donc un livre pour le dénoncer. Un roman que Sébastian Barry mène avec délicatesse et élégance, nostalgie, mélancolie. Au-delà de l’église, c’est un roman sur la perte. Quand on a tout perdu, et avant tout ses illusions, que reste-t-il ? C’est également un livre sur le remord. Si l’on a fauté, même au nom du bien, comment assumer cette faute ?
À Tom, il reste un fauteuil en rotin. Au loin, la mer, le ciel, les cormorans. Plus près, les fantômes qui apparaissent et disparaissent sans que l’on sache réellement pourquoi. Sans doute parce que le passé n’est pas mort. Parce que les monstres n’ont pas tous été arrêtés, n’ont pas tous expié. À quand une Irlande sans fantômes ? Au bon vieux temps de Dieu nous interroge, nous touche avec une féroce douceur.

Isabelle Rossignol 
(20/09/23)    



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Lectures








Joëlle Losfeld

(Août 2023)
256 pages - 22

Traduction de l'anglais
Laetitia Devaux




Sebastian Barry,
né Dublin en 1955,
est romancier,
dramaturge et poète.

Bio-bibliographie sur
Wikipédia


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