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Keigo HIGASHINO


Le cygne et la chauve-souris


Ce roman nous emporte, nous promène aussi, et pas seulement au Japon, mais dans les méandres de nos pensées ou autour de nos conclusions trop hâtives et tout cela de la manière la plus simple ou innocente qu’il soit, la plus neutre, en tout cas, apparemment. Mais derrière cette habileté narrative, une autre se cacherait bien, glissant ici et là une sorte de suspense, tout aussi subtile. Cette façon de nous montrer des détails précis, captivants au demeurant, avant que ne soient vraiment analysées les situations…

Alors, et ne boudant surtout pas notre plaisir, nous dégustons avidement ce morceau d’excellente littérature offerte par une traduction qui a fait ses preuves !

Le titre peut déjà nous amener à une question, et nous verrons bien au cours de cette lecture qui peut se cacher sous ce « cygne » et qui serait alors cette « chauve-souris » ! Mais surtout, et le plus important, la résolution de cette sorte de crime va-t-elle nous apporter le soulagement escompté ?
Car, dès le début de cette histoire, le jeune Kazuma apprend que son père, Kuraki, qui est en prison, avoue non pas un crime, mais deux ! Or, le premier avait été commis en 1984.
« Il a privé deux personnes de la vie, mais le premier meurtre est prescrit. De plus, comme il voulait demander pardon à la famille de l’homme qui été arrêté à sa place et qui s’est suicidé, on peut considérer que ses remords le tourmentaient et qu’il comprenait la gravité de son acte. Convaincre les jurés qu’il avait réfléchi sur son passé sera crucial. »

Le procès approche alors qu’un lien entre la fille Mirei de la dernière victime, et le fils de l’accusé commence à se dessiner.

Le père écrit : « Je passerai le reste de ma vie à racheter mes péchés. Il se peut que je n’en aie plus pour très longtemps, mais j’ai l’intention de me servir du temps qui me reste à les expier. »
Cette simplicité est-elle vraiment sincère ?

Kazuma et Mirei pourront-ils, ensemble, mieux comprendre la situation, comme celle de leurs parents respectifs ? La question est toujours là, en filigrane.
Ils vont donc s’associer, d’une certaine façon, en espérant trouver des réponses.

Ce qui est aussi fascinant dans ce roman, c’est l’agilité de la pensée de l’auteur, associée à la description de la vie des protagonistes, comme à celle du Japon actuel.
Il est toujours délicat d’aborder davantage l’histoire, de peur de laisser échapper quelque indice que l’auteur a voulu cacher – même au cas où cela soit justement ce qu’il voulait nous faire croire – tout en nous amenant exactement où il veut et par là-même à suivre son cheminement ! Mais ce ne sont que des conjectures.

Les lectrices et les lecteurs seront vite captivés par cette maitrise dans la construction, comme par cette façon qu’a cet auteur de nous tenir « intéressés » avec seulement des actions simples ou banales qui semblent nous amener vers autre chose…

Il m’est donc arrivé de penser à Simenon, à cause des détails dans la description des motivations comme des pensées des personnages, sans oublier les peintures libres des décors ! Cette même habileté, ces réflexions qui vont et viennent et qui se concrétisent si bien lorsque cela peut s’avérer nécessaire !

Avec ce onzième titre dans la collection Actes Noirs, Keigo Higashino confirme un talent exceptionnel qui le hisse au niveau des plus grands. Un auteur à suivre absolument !

Anne-Marie Boisson 
(25/10/23)    



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Noir & polar








Actes Noirs
(Octobre 2023)
432 pages - 23,80 €

Version numérique
14,99 €


Traduit du japonais par
Sophie REFLE






Keigo Higashino,

né en 1958 à Osaka,
est l'auteur de nombreux romans policiers (plus d'une soixantaine) qui connaissent un succès considérable.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia






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