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Avignon 2026
Festival Off



Quelques spectacles que nous avons aimés




Tristan et Iseut
Texte et mise en scène : Maëlys Simbozel
interprétation : Floriane Delahousse, Lubin Labadie, Aurélien Lejeune, François Marion, Juliette Maurice, Maëlys Simbozel

Revisiter les mythes est toujours intéressant.
Comment l’amour peut-il résister à tous les obstacles ?
Le spectacle ouvre sur la mort de Tristan pour remonter dans le temps et comprendre pour quelle raison l’amour qu’il éprouve pour Iseut est indéfectible.
L’amour, la fidélité, la trahison, le pardon, la perte, la douleur, l’honneur… sont des thèmes qui sont mis en valeur.
Tristan est parti à la recherche d’une belle jeune fille aux cheveux d’or, Iseut, pour la ramener à son oncle, le roi Marc, qui veut l’épouser. Il a recueilli Tristan en Cornouailles et le considère comme son fils. Il a toute confiance en lui et veut en faire son héritier.
Lors du voyage de retour vers le roi Marc, Tristan et Iseut boivent un philtre d’amour qui les ensorcèle, les cèle dans un amour qui les rend inséparables. Tristan ne veut pas trahir son oncle mais l’amour pour Iseut est le plus fort.
La mise en scène permet de se remémorer l’histoire de ces deux amants pris au piège de leur amour. C’est un spectacle dynamique, enjoué et musical où la tempête est bien rendue dans la tourmente du vent. La joie du mariage du roi Marc avec Iseut s’exprime par des chants et des danses soutenus par une musique virevoltante.
La modernité de la mise en scène avec des jeux de lumière, des chants gaéliques, de la musique traditionnelle mêlée à des sonorités plus modernes, des costumes qui donnent une note de conte merveilleux nous entraînent au cœur de multiples émotions.

Brigitte Aubonnet 

Heal the World
Texte et mise en scène : Nicolas Quelquejay
interprétation : Marine Lansman, Raphaël Plockyn, Nicolas Quelquejay, Zoé Van Herck

Voici un spectacle burlesque, déjanté et étonnant avec pour objectif de soigner le monde et de défendre la liberté de ton du théâtre.
L’arrivée sur scène des comédiennes et comédiens est surprenante car ils expliquent qu’ils ne font pas partie du spectacle et que la compagnie n’existe plus faute de finances ! Ils cherchent à repenser le théâtre mais se mettre d’accord est bien difficile. Quelle forme privilégier ?
Comment soigner le monde, comment défendre la culture pour toutes et tous et lutter contre l’obscurantisme ?
Des saynètes se succèdent pour dénoncer la commercialisation de la mort et les dérives sur le don des corps, évoquer l’arrivée d’extraterrestres surpris par l’inutilité de toutes ces réunions qui tournent en rond et n’avancent pas sur le changement climatique, sur la guerre. Le nombre de pays en guerre est conséquent et cela perdure. Le passage dans le monde des morts permet de réentendre les voix de Coluche, Simone de Beauvoir…
Les deux comédiennes et les deux comédiens dans des costumes extravagants ont beaucoup d’idées, des cris de révolte pour bousculer les idées reçues, dénoncer l’absurdité du monde. La liberté créatrice du théâtre est toujours à défendre. Les jeux de lumière, le rythme endiablé de la pièce nous entraînent dans leur univers baroque.

Brigitte Aubonnet 

Hubris
Texte et mise en scène : Clara Jauvart-Lacoste
interprétation : Adrien Bensmaine, Mathéo Krzyzyk-brand, Cécile Garnier, Corentin Gerold, Clara Jauvart-Lacoste, Léa Michelot
Musique / lumières : Ugo Bussi

La guerre de Troie, les conflits fratricides, les luttes entre les Grecs et les Troyens entrent en écho malheureusement avec ce que nous pouvons encore vivre actuellement. La guerre ne peut que générer du sang, des malheurs. Est-ce vraiment la peine d’engager les peuples dans de tels conflits. Que gagne-t-on vraiment ?
L’origine des guerres justifie-t-elle autant de massacres ?
La mère d’Achille essaye de le convaincre de ne pas partir mais Achille veut défendre son honneur. Il préfère mourir sur un champ de bataille plutôt que de rester à ne rien faire, de régner et d’avoir une vie tranquille.
Le décor sobre mais très efficace, réalisé avec un grand drap, représente un baldaquin au-dessus du trône du roi ou une tente militaire selon les moments. Un tambour rouge symbolise à merveille le combat avec un morceau de tamtam endiablé dont Achille sort couvert de sang.
L’honneur vaut-il plus qu’une vie ?
Les lumières rouges incarnent l’horreur du moment. Les jeux de lumière sont une partie intégrante du spectacle et jouent un rôle essentiel car elles sont très significatives. La musique et le tamtam représentent avec exactitude l’emballement des scènes de guerre.
Le viol des femmes est terriblement bien représenté dans la sobriété, le costume des femmes dénudées est très juste. Cela montre bien comment cette pratique terrifiante, le viol, est utilisée dans toutes les guerres et continue à l’être.
Deux soldats qui s’interrogent aussi sur l’utilité de cette guerre. Ils aimeraient tant retrouver leurs familles plutôt que de servir une guerre qui n’est pas la leur. Tout est question de choix mais peut-être pas pour ces soldats qui ne peuvent que subir.
C’est un spectacle très fort qui pose des questions existentielles toujours d’actualité.
La mise en scène et l’écriture scénique rendent très bien les états d’âme des personnages qui sont parfaitement incarnés.

Brigitte Aubonnet 

La guerre des émeus
Texte et interprétation : Antoine Le Frère & Florent Oulkaïd
Mise en scène : Élisa Mabit & Damien Reynal

En 1932, en Australie, le krach boursier puis la crise économique se font ressentir et la récession contraint le gouvernement à augmenter les terres cultivables de 17 % pour nourrir la population australienne. Les fermiers cultivent leurs champs en augmentant les surfaces mais rapidement ils se plaignent car ils sont envahis pas des émeus qui ravagent leurs terres, détruisent toutes leurs cultures et deviennent agressifs car les humains ont envahi leur territoire. Le gouvernement australien déclare donc la guerre aux émeus.
Devant les sénateurs, le ministre de la guerre tient un discours des plus délirants sur le danger des émeus et sur la mobilisation qu’il faut engager pour éradiquer leur action. Les humains sont chez eux et des volatiles n’ont rien à y faire. Ce ne sont que des éléments du décor.
Le général qui dirige les opérations est machiste, masculiniste même, et avec son langage ordurier il est prêt à massacrer tous ces émeus, 20 000 quand même, qui pourraient envahir les villes et s’en prendre aussi aux femmes. « Nous allons mater cette racaille. Ce ne sont que des poules. »
Mais les émeus sont les deuxièmes oiseaux les plus hauts du monde après l’autruche et au repos font deux mètres de hauteur. Ils ont des pointes de vitesse de 70 km/h. S’ils se sentent en danger ils peuvent donner des coups de bec et de pattes. L’armée australienne ne pourra rien contre eux.
C’est une critique, très humoristique et grinçante de l’absurdité de la guerre et de cette guerre en particulier qui veut s’opposer à des animaux qui défendent leur territoire. Beaucoup de parallèles peuvent se faire avec l’absurdité des guerres actuelles, des massacres au nom de raisons indéfendables. La pièce est terriblement universelle et d’actualité.
La mise en scène est très judicieuse avec des changements de décor et de costumes quasiment sur scène qui s’intègrent parfaitement à la narration. Antoine Le Frère et Florent Oulkaïd jouent plusieurs personnages mais cela se fait de façon très fluide et très claire. La femme d’un soldat, incarnée par l’un des comédiens, habillée en bonne ménagère avec une moustache est très réussie. Elle ne supporte pas l’absurdité de ce combat ni le retour de son mari très fier d’avoir combattu des émeus pour défendre la patrie.
C’est un spectacle réjouissant qui nous permet de découvrir un thème grave à partir de faits réels. Déclarer une guerre est complexe mais cela est terrible pour tous ces hommes qui meurent au combat pour envahir des territoires et assouvir le désir de pouvoir et de domination d’hommes politiques ou de militaires qui règlent leurs problèmes personnels. La pièce dénonce avec beaucoup d’humour la virilité mal placée qui sévit toujours de nos jours.

Brigitte Aubonnet 

Nos histoires
Écriture : Frédérique Auger
Mise en scène : Giorgia Sinicorni
Interprétation : Frédérique Auger & Jean-Charles Chagachbanian

Les deux histoires de relations toxiques abordées en parallèle sont très bien rendues sous un angle très original. Mettre en scène ces problèmes fréquents et souvent évoqués dans la littérature est toujours à encourager.
Vicky arrive dans un bar où elle commande du vin, du café, du vin, puis finalement du café. Elle a un accent québécois très marqué et change d’avis en permanence. Elle a rendez-vous avec Didier, un nouvel amoureux, mais elle sympathise très vite avec Maxime, le serveur du bar. Celui-ci est sous l’emprise de sa mère qui est propriétaire du bar. Elle l’appelle sans cesse, elle le harcèle car elle est malade et veut son fils à disposition. Elle ne supporte pas qu’il puisse s’occuper d’autres personnes. Vicky s’en rend très vite compte.
Max réalise aussi très rapidement que Didier le compagnon de Vicky n’a pas une attitude correcte avec elle. Il est jaloux, il dévalorise Vicky en permanence… Il a le comportement typique du pervers narcissique.
Une amitié de « potes » s’installe très vite entre Vicky et Max qui échangent beaucoup ensemble d’autant plus que Vicky est assez directe dans ses propos.
Ce qui est passionnant c’est que Max comprend très vite la relation toxique de Didier avec Vicky et cette dernière comprend très vite la relation toxique de Max avec sa mère. Il est plus facile de voir ce qui ne va pas chez les autres alors que soi-même on peut être étouffé dans une relation.
Le rythme de la pièce est parfait. Frédérique Auger et Jean-Charles Chagachbanian sont pleinement dans leurs personnages pour traduire leurs émotions, la force de ce qu’ils vivent et la colère qu’ils ressentent devant leur « pote » qui se fait malmener par le compagnon ou la mère.
La musique joue aussi pleinement son rôle pour amplifier notre ressenti et déterminer des changements de scènes puisque la comédienne et le comédien jouent plusieurs rôles ce qui est parfaitement clair grâce au changement de décor qui se fait sur le plateau avec quelques éléments très vite transformés en table de bar, en table d’examen médical, en table d’ostéopathie. Un examen gynécologique est très délicatement montré.
Ce spectacle nous embarque dans ces histoires abordées de façon très originale. Les deux histoires entrent en écho et cela accentue le propos avec le jeu très juste et très complice de Frédérique Auger et Jean-Charles Chagachbanian.

Brigitte Aubonnet 

Monstre-moi
Écriture et mise en scène : Laëtitia Leroy
Interprétation : Chloé Angevin et Clara Hertz

Une infirmière, Alina Warnant, est incarcérée car elle a empoisonné plusieurs de ses patientes âgées. Une psychiatre, France Quint, la rencontre en prison pour établir une analyse psychologique. C’est un duo qui rend absolument la tension qui existe et nous montre une manipulation inouïe ainsi qu’une mise sous emprise progressive de la psychiatre par Alina.
Chloé Angevin qui joue l’infirmière a une présence ahurissante. Elle se tord les mains, a les jambes qui tremblent et elle rend très bien la complexité de ce personnage qui n’a jamais été aimé par sa mère, qui a peur sans cesse d’être abandonnée et peut aimer des femmes mais préfère les tuer avant d’être confrontée à l’abandon et la perte de leur présence. Son enfance a été douloureuse entre une mère qui ne voulait pas d’elle et ne s’en occupait pas et un oncle trop proche mais pas aimant non plus. Elle a un désir d’amour envahissant.
La répétition de ses crimes de femmes est-elle une façon de tuer symboliquement sa mère ?
La mise en scène permet de passer des entretiens entre la psychiatre et l’infirmière dans la journée au moment du soir chez la psychiatre quand elle retrouve sa petite amie. La relation intime de la psychiatre se dégrade au fur et à mesure que la relation s’amplifie entre l’infirmière et elle.
Une voix off interroge sur le rôle de la justice. Les monstres existent-ils ? France pense que non ce qui influence son regard sur Alina.
Les lumières permettent des changements d’ambiance et accentuent le côté inquiétant de la manipulation. L’utilisation des dessins qu’Alina donne à France participe de l’ambiguïté qui est créée avec beaucoup de finesse dans leur relation.
Une très belle réussite pour montrer la complexité de l’être humain au cœur de relations féminines, de relations de pouvoir et de manipulation qui peuvent devenir toxiques.

Brigitte Aubonnet 

Bouba Neuf moi(s)
Texte : F. Gourari, B. Kabo, J.M. Michelangeli, D.K. Tuca
Mise en scène : J-M Michelangeli
Interprétation : Boubacar Kabo

Bouba, qui n’est pas Booba le rappeur mais Boubacar Kabo, nous parle de sa vie de comédien. Il a joué dans plusieurs films et aussi dans Plus belle la vie, le rôle de Mouss, un personnage noir et handicapé.
Son père, Mamadou, est sénégalais musulman et sa mère, Catherine, est sénégalaise catholique, double religion et deux vies différentes, chez son père et chez sa mère, car ses parents sont séparés.
Avec sa mère, il part vivre en région parisienne, dans une cité du 94. Il est le seul Noir et le seul catholique au milieu des Arabes. Au moment du Ramadan, il est dénoncé car il mange un sandwich au jambon.
Il nous raconte comment il a rencontré sa femme portugaise, Lili, qui a du caractère. Le mélange des cultures entre le Sénégal et le Portugal n’est pas toujours simple, notamment au moment de leur mariage car les deux conceptions sont radicalement opposées. La naissance de sa fille a complètement transformé Bouba, il a mis neuf mois pour accoucher de son seul-en-scène, car durant la grossesse de sa femme il se sentait un peu mis à l’écart, cela l’a motivé pour faire le point sur sa vie depuis son enfance dans une cité jusqu’à son rôle de comédien et de père.
C’est un spectacle, drôle, émouvant, à la fois intime et universel. Bouba nous parle aussi avec humour des moments où il est reconnu dans la vie courante. Une mamie le voit se lever pour une photo alors que dans la série il est en fauteuil roulant, elle n’en revient pas.
Arrêté par des policiers, Bouba s’inquiète mais ils le reconnaissent aussi. Il est le premier étonné et flatté.
Le mélange des cultures est très bien évoqué. Ce n’est jamais simple mais c’est une immense richesse. Il a vécu une double culture religieuse enfant puis il vit une double culture dans son couple. Sa fille est blanche, le métissage est une valeur à défendre sans cesse.
L’humour est présent au fil du spectacle avec Bouba qui est très naturel et sincère, ce qui est très touchant. Le spectacle est très bien rythmé et l’interaction avec la salle est sympathique et respectueuse.
C’est un spectacle qui met de bonne humeur et qui permet de balayer tous ces clichés qui divisent les humains. Le vivre-ensemble est un vrai bonheur d’échange, de partage et de tolérance ce que combattent ardemment certains des politiques actuels. Portons le message de Bouba qui ouvre sur un meilleur avenir que celles et ceux qui défendent la haine et le rejet de l’autre.

Brigitte Aubonnet 

Re
Création collective : Compagnie Du Fil à retordre
Interprétation : Brian Henninot & Hugo Varret

Hilarante prouesse d’acteurs, inventive, oulipienne à souhait qui donne un moral d’acier (surtout quand on la voit à dix heures du matin !). Dans la veine d’Exercices de style de Raymond Queneau, on rit aux éclats du début à la fin.
Monsieur Martin entre dans une épicerie pour acheter une noix de coco. L’épicier qui lit son journal le reconnaît, se lève immédiatement, va chercher la noix de coco dans l’arrière-boutique mais au moment de la lui donner il renverse une bouteille d’eau sur monsieur Martin.
Le texte n’est pas très compliqué à mémoriser car les répliques seront les mêmes tout au long du spectacle.
La scène de départ sera dupliquée à l’identique de nombreuses fois avec des variantes très drôles. A chaque fois, l’épicier renverse une bouteille d’eau au moment de donner la noix de coco à monsieur Martin ce qui fait qu’à la fin du spectacle ils sont bien mouillés d’autant plus que lors d’un passage ils ont interverti leurs rôles.
Les deux comédiens, Brian Henninot et Hugo Varret, s’investissent à fond, ils rejouent aussi la scène à l’envers, en ironisant sur la danse moderne, en comédie musicale, en scène sensuelle, violente, en criant, en susurrant, en jouant le metteur en scène avec un comédien qui ne comprend rien aux consignes, en timide généreux, en aveugles, en spectacle pour enfants, avec un enfant et un curé…
C’est un moment réjouissant mais aussi engagé en utilisant l’humour pour évoquer l’écologie, la protection de l’enfance, les habitudes du quotidien qui peuvent enfermer dans la banalité mais là sont bien bousculées. Cela nous montre aussi l’envers du décor dans le théâtre avec des engueulades qui peuvent exister après une scène d’improvisation…
Les comédiens terminent trempés, le journal en pâte à papier et l’on admire la structure du spectacle très bien huilé, les mimiques, les regards, le jeu naturel tout à fait crédible et désopilant. Les éclairages et la musique permettent de changer d’ambiance très rapidement et on suit avec très grand plaisir les comédiens dans leurs délires.    
À voir absolument pour oublier ses soucis et l’ambiance morose du monde actuel.

Brigitte Aubonnet 

Rencontre avec Snowden
Texte & mise en scène : Sylvain Bastonero
Interprétation : Sylvain Bastonero, Guillaume Blanchard, Cyrielle Buquet, Célya Humann, Jérémie Scheffler, Alexis Tran

Flore Vasseur, autrice, journaliste et documentariste, rencontre Larry Lessig dans un train pour l’interviewer puisqu’il est professeur de droit à Havard et milite contre l’influence de l’argent en politique. Elle enquête sur les lanceurs d’alerte. Il lui propose d’aller à Moscou avec lui pour rencontrer Edward Snowden un mois plus tard.
La pièce montre comment Edward Snowden, passionné de justice, en est arrivé là, exilé de son pays les États-Unis et obligé de vivre à Moscou où sa liberté d’agir est bien limitée.
On revient sur plusieurs évènements, le 11 septembre 2001 où Laure Vasseur a assisté à la chute d’un enfant, la mort de Ben Laden, le suicide d’Aaron Swartz, jeune informaticien de génie, écrivain et militant politique qui avait prédit les bienfaits et les dangers d’internet. Nous pouvons voir une vidéo d’Aaron Swartz ce qui concrétise ses propos.
L’internet bouleverse le monde car celui qui maitrise internet a un pouvoir extraordinaire sur le monde. Cela permet de surveiller tous les citoyens sous couvert de pourchasser les terroristes. Les démocraties sont en danger. Voilà ce que Snowden a découvert. En étudiant les services de surveillance des Chinois, il a réalisé que les Américains faisaient la même chose alors qu’ils se disaient un pays démocratique.
C’est un plaidoyer très bien construit pour dénoncer les risques d’autodestruction de la planète qui peut se laisser écraser par les machines au détriment de l’humain qui ne maitrisera plus rien.
La mise en scène est très rapide et dynamique avec des ordinateurs, des vidéos, un passage de danse très réussi dans une lumière stroboscopique qui exprime la première relation d’amour entre Snowden et sa future femme, Lindsay Mills, qui le soutiendra dans son parcours compliqué car il entraîne toute sa famille dans son action de dénonciation de pratiques illicites et de surveillance généralisée des États-Unis. Leur scène d’amour est parfaitement suggérée dans la pénombre avec beaucoup de respect.
C’est un spectacle passionnant et très enrichissant car il nous apprend beaucoup sur le parcours d’Edward Snowden, de Flore Vasseur, d’Aaron Swartz et de toutes celles et tous ceux qui croient en la justice, en la démocratie et défendent des valeurs humanistes pour créer un monde meilleur. Dénoncer les dérives des puissants, leurs mascarades humanitaires, le pouvoir qu’ils ont sur le monde à leur profit peut coûter très cher. Edward Snowden a sacrifié sa liberté et la possibilité de pouvoir vivre dans son pays en faisant ses révélations en juin 2013 sur le système de surveillance de masse de la NSA. Aaron Swartz s’est suicidé à 26 ans juste avant un procès pour fraude électronique.
La surveillance de masse nous concerne toutes et tous car c’est du pouvoir, de l’influence, du contrôle. Nous ne devons pas abandonner le combat comme pour l’écologie. Flore Vasseur dit à son fils « Ne te perds jamais dans le silence et cherche celles et ceux qui veulent rester debout. »
C’est un message très fort que nous transmet cette pièce coup de poing.  Donnons-lui l’écho qu’elle mérite pour défendre un monde démocratique où le libre arbitre ne sera pas réprimé car en tant que citoyennes et citoyens nous avons aussi un rôle à jouer.

Brigitte Aubonnet 

Le reflet de l’âme
Texte & mise en scène : Denis Gabriel
Interprétation : Karine Burckel, Julie Fabioux, Léa Fongo

Un trio de femmes particulièrement émouvant nous plonge dans l’inconscient d’une actrice.
Une comédienne, adorée de son public, semble être présente quand on l’applaudit mais elle se sent ailleurs. Après chaque sortie de scène, elle se confronte à un terrible vide ainsi qu’à une partie d’elle-même qu’elle convoque mais dont elle aimerait bien se débarrasser.  Elle l’appelle et la rejette tout à la fois. Elle plonge en elle-même avec tous les risques que cela peut comporter.
Son passé, sa relation à son père, une douleur lancinante s’invitent dans sa vie présente et l’empêchent de se vivre pleinement. Le rêve récurrent d’un torero face à un taureau la hante régulièrement. 
Elle refuse de se confronter à ses douleurs passées, elle préfère les oublier ou les fuir ce que conteste vigoureusement une partie d’elle-même. Comment démêler le vrai du faux ?
Est-ce la solution d’oublier ou de fuir ? Peut-on se sentir ainsi en harmonie avec soi-même ? Reste-t-on la même personne tout au long de sa vie ? Se trahit-on soi-même ?
Deux jeunes femmes jouent l’inconscient et s’affrontent car elles ont parfois des points de vue différents.
Le jeu des actrices est magnifique et délicat avec des accès de colère et de révolte très bien rendus.
Le décor et une mise en scène sobres permettent de valoriser le propos très intime de la pièce.
C’est à la fois une réflexion sur le temps qui passe avec ses angoisses, ses interrogations mais aussi ses moments de grand bonheur. Le vieillissement, le désir qui disparaît, l’impression de ne pas exister nous concernent toutes et tous. Incarner des personnages n’est-ce pas une façon d’invisibiliser la vraie personne ?
Une performance d’actrices entre réalité et imaginaire qui nous embarque dans nos propres questionnements. C’est une approche très originale et passionnante de l’inconscient.

Brigitte Aubonnet 

Les filles aux mains jaunes
Texte de Michel Bellier
Mise en scène : Alexander Liebe
Interprétation : Love Bowman, Nolwen Cosmao, Alicia Rousseau &
Lucile Roux-Baucher

Spectacle impressionnant de justesse, d’émotions, d’engagement, de féminisme, de valeurs humaines, de sentiments qui vont de la colère, à la joie, la tristesse, la révolte. C’est un moment très fort qui ne peut laisser insensible.
La pièce s’ouvre sur la mobilisation des hommes pour la Première Guerre mondiale.  Le 2 août 1914, les femmes voient leurs maris, leurs compagnons, leurs frères, leurs amis partir à la guerre. Tout le monde est persuadé que cela ne va pas durer. L’une d’entre elles crie : « Retournez vos crosses, ne partez pas ». Elle est la seule à se révolter ainsi. Les autres espèrent un retour rapide ou se désespèrent de se retrouver seules.
Toutes vont être recrutées pour travailler dans une usine d’armement pour fabriquer des bombes dans une ambiance de chaleur, de danger avec des risques de brûlures ou d’explosion. Jeanne était couturière, Rose femme au foyer avec deux enfants, Julie attend les lettres de son mari et Louise aimerait être journaliste. Ces femmes incarnent le courage face à cette situation dramatique et aux conditions déplorables dans lesquelles elles travaillent.
Louise s’engage dans la lutte féministe et elle témoigne dans des articles publiés sous pseudonyme dans Le journal des conditions terribles de travail, de l’inégalité des salaires entre les hommes et les femmes puisqu’elles touchent la moitié du salaire des hommes, et de ce produit qu’elle soupçonne dangereux pour leur santé. En effet, elles manipulent du TNT, une poudre explosive qui leur jaunit les mains.
La pièce est magnifiquement incarnée pour dénoncer l’exploitation des femmes au mépris de leur santé et de leur fatigue. Elles travaillaient douze heures par jour avec deux jours de repos par mois mais à la fin de la guerre elles seront renvoyées dans leur foyer pour repeupler la France.
Le travail en usine est très bien représenté par la gestuelle de ces femmes qui traduit parfaitement la pénibilité de leur tâche avec un bruit de machines en arrière fond. Le rythme de la mise en scène est excellent. Les quatre actrices sont pleines de talent.
La révolte et les idées féministes ne sont pas toujours acceptées par les autres femmes au début mais peu à peu elles vont se joindre à Louise qui leur apparaissait au départ comme une intellectuelle utopique mais elles réalisent que ce qu’elle défend est juste. Nous voyons progressivement évoluer les idées et la solidarité des femmes entre elles. Le texte très fort, de Michel Bellier, a été publié chez Lansman Editeur et repris chez Hatier pour les collèges.
C’est un spectacle puissant et émouvant qui permet de croire aux valeurs humaines et à l’absolue nécessité de l’entraide et de la solidarité dans un monde qui se révèle souvent redoutable.

Brigitte Aubonnet 

Mécanique d’une famille
Écriture & mise en scène : Martin Kindermans
Interprétation : Valentine Daruty, Thomas de Fouchécour, Marion De Schrooder

La pièce se situe à Buenos Aires et elle alterne entre plusieurs années de 1973 à 2009. La dictature en Argentine a sévi de 1973 à 1983.
Deux femmes se retrouvent après dix ans de séparation. Enfants, elles étaient en Argentine puis leurs parents ont fui en Colombie où elles ont vécu comme deux sœurs pendant leur enfance mais très vite nous comprenons qu’elles ne le sont pas. L’une des deux, Soledad, est repartie en Argentine dix ans auparavant alors que Constanza vit toujours en Colombie.
Elles se retrouvent pour un dîner à Buenos Aires car Constanza est venue pour une conférence et pour la première fois, après dix ans de séparation, Soledad a répondu au message de Constanza mais beaucoup de ressentiment existe entre les deux femmes. La vérité se dévoile peu à peu sous nos yeux, elles qui ont été élevées dans le mensonge.
En effet, Soledad est une enfant volée lors de la dictature comme cinq cents autres enfants. Ses parents, photographe et journaliste, ont été arrêtés, torturés pour leur opposition à la junte militaire. Carmen, la mère de Soledad était enceinte et après la naissance du bébé elle a été jetée d’un hélicoptère comme beaucoup de prisonniers politiques. Soledad a été donnée à l’adoption au militaire qui a torturé sa mère.
Elle révèle à son ex-sœur tout ce qu’elle a découvert sur les exactions des militaires, sur le passé de ses parents et de sa famille et sur ce qui concerne Constanza qui refuse d’entendre cette vérité.
Les vols d’enfants ont été très nombreux et les grands-mères de la Place de Mai continuent leurs recherchent pour retrouver leurs petites-filles ou petits-fils enlevé.es pendant la dictature. Elles ont perdu leurs filles ou leurs fils mais continuent à chercher leurs petits-enfants.
C’est une pièce très bien construite pour passer d’une époque à l’autre, d’un personnage à un autre avec les deux comédiennes et le comédien qui incarnent avec brio ces êtres en souffrance. C’est très émouvant et nous sommes révolté.es par la cruauté des tortionnaires. Il est primordial de parler de tout ce qui a été fait contre la démocratie. Dans une époque où celle-ci est remise en cause chaque jour, il est plus qu’essentiel de donner voix à toutes ces personnes qui ont lutté au prix de leur vie pour la liberté d’expression et le libre arbitre.
La mise en scène permet de bien suivre les changements de personnages qui passent derrière des fenêtres opaques sur lesquelles s’affichent les dates des différentes périodes ce qui permet de comprendre qui parle et à quel moment.
Les sentiments de révolte, de colère, de tendresse sont très bien rendus. C’est une pièce indispensable à voir pour perpétuer le souvenir de tous ceux qui sont morts et rendre hommage à leur courage et à leur combat qui est à poursuivre.

Brigitte Aubonnet 

Felicità
Écriture : Didier Landucci, Jean-Marc Michelangeli
Mise en scène : Marc Pistolesi
Interprétation : Nelly Bêchétoille, Didier Landucci, Martin Mabz
Musique : Martin Mabz

Extraordinaire spectacle pétillant, sensible, drôle et émouvant sur un groupe composé d’un musicien, Steve, d’une chanteuse, Lola, et d’un chanteur, Fabio, que l’on voit côté pile et côté face. Côté pile ils sont sur scène devant le public et côté face dans les coulisses où l’harmonie entre eux n’est pas toujours présente. Ingénieuse idée de mise en scène avec un plateau pivotant et un rideau central pour leurs entrées et leurs sorties de scène.
Lola et Fabio chantent sur la musique de Steve qui nous raconte comment s’est constitué ce groupe et comment Lola a intégré le duo Fabio et Steve qui se connaissaient depuis très longtemps.
Le rythme endiablé du départ présente un groupe très lié qui chante sur une musique plus qu’entraînante pour le public.
L’envers du décor montre des tensions qui augmentent au fil du spectacle et peuvent finir en engueulades violentes. En effet, Lola commence à ne plus supporter leur vie à animer des mariages, des anniversaires et des campings alors qu’elle voudrait chanter des textes qui ont du sens et réaliser une vraie carrière d’artiste.
Nous découvrons aussi le passé de Fabio qui n’écoute rien de ce que peuvent dire Steve et Lola car il a son objectif et fait tout pour qu’il se réalise sans tenir compte de l’avis des autres. Est-ce la bonne direction pour la survie du groupe ? Que veut dire réussir en tant qu’artiste ?
Son passé interfère avec ses motivations présentes et nous comprendrons mieux son fonctionnement au fil des révélations de Steve.
Ce dernier, coincé entre les deux points de vue, celui de Lola et celui de Fabio, finit par dire ce qu’il pense vraiment.
La vie d’artiste n’est pas simple, plaire au public, vivre de son art, concilier sa vie et son métier, trouver le sens à donner à sa vie est plus que complexe. Les motivations qui poussent chacune et chacun à vivre sa passion sont-elles les bonnes ? Quels choix fait-on pour orienter sa vie en pensant le faire librement ? Voilà des questions qui sont posées avec brio, dans un rythme endiablé où l’émotion s’invite avec beaucoup de délicatesse et de respect et nous pousse à réfléchir sur notre propre cheminement.
La mise en scène est dynamique, entraînante et peut nous surprendre donc nous passionner au fil du spectacle. Elle allie parfaitement chant, musique, lumière et scénographie. La comédienne et les deux comédiens sont brillants et chantent parfaitement en live. Steve est aussi un musicien très performant pour déployer la variété italienne des années 80.  
Une belle distribution pour une pièce envoûtante où l’humour est présent même dans des moments dramatiques qui renvoient aux questionnements de chacune et de chacun sur le sens à donner à sa vie et sur les vrais objectifs à atteindre sans se leurrer avec de fausses motivations.

Brigitte Aubonnet 

5000 m en or
Écriture et mise en scène : Loïc Choneau
Interprétation : Hélène Biard et Damien Le Délézir
Musique : Robert Ramon et Tony Bigot

Magnifique spectacle sur le parcours sportif de Nicolas Ramon qui à l’âge de deux ans et demi a été renversé par une voiture, a subi un traumatisme crânien puis est resté trois semaines dans le coma. Il a dû tout réapprendre, à marcher, à parler, à retrouver l’équilibre pour ne pas tomber en permanence quand il était assis ou debout…
Le spectacle commence avec des voix d’enfants qui chantent des chansons enfantines, celles qui étaient sur les cassettes utilisées pour stimuler Nicolas dans la période où il était dans le coma. Deux musiciens, Robert Ramon, le père de Nicolas, et Tony Bigot, jouent aussi sur scène et deux récitants, un homme et une femme, donnent voix à Nicolas et à sa sœur Juliette avec laquelle se crée une relation très fusionnelle. Elle l’aidera énormément dans son parcours sportif.
À l’hôpital, après l’accident, un médecin dit aux parents de Nicolas qu’il restera légume mais Nicolas ne se refuse rien, n’a peur de rien et n’hésite jamais à se lancer des défis. Il s’entraîne avec des valides même si c’est très dur, il pratique plusieurs sports dont le vélo et le ski malgré ses difficultés motrices, conséquences d’une hémiplégie. Il fait aussi beaucoup de musculation.
Il s’énerve parfois contre son corps qui fait ce qu’il veut mais Nicolas n’est pas d’accord. Il n’est jamais au rythme des autres et c’est compliqué. Il n’arrive pas à exprimer ses sentiments et cela pose parfois problème. Il ne peut plus pleurer avec des larmes ou exprimer sa joie ce qui le situe en dehors des codes sociaux.
Quand il gagne le 5000 m aux Championnats de France Handisport, personne ne s'attendait à un tel exploit même Nicolas Ramon qui n'y croyait pas lui-même à l'annonce des résultats.
La mise en scène est très efficace avec des lutrins pour les deux récitants, quelques plots, une barre de sport... La pièce est très bien rythmée sur le souffle des entraînements.
La comédienne et le comédien, Hélène Biard et Damien Le Délézir, parfaitement complices, rendent toute l’humanité de ce parcours atypique et extraordinaire.
C’est un magnifique spectacle qui renverse toutes les idées reçues sur le handicap, montre tous les possibles et l’implication essentielle de la famille pour surmonter les obstacles, le regard des autres, les railleries, les exclusions...
Un merveilleux modèle de courage et de persévérance.

Brigitte Aubonnet 

Déflagration Rimbaud
Proposition musicale et littéraire d’Alain Klingler
Mise en scène : Christophe Roussel
Interprétation : Alain Klingler

Magnifique déflagration de poésie pour allumer les projecteurs sur Arthur Rimbaud. Le seul en scène d’Alain Klingler alterne récit de vie, chansons avec accompagnement au piano, lectures et poèmes de Rimbaud. Alain Klingler  nous plonge dans la vie de ce poète qui a écrit son œuvre entre 15 et 19 ans.
Les différents éléments du parcours d’Arthur Rimbaud nous rappellent ce qui a marqué sa vie, la relation à sa mère, sa révolte, ses rencontres amoureuses... Cette personnalité atypique est explorée dans plusieurs de ses facettes.  Alain Klingler articule ses réflexions sur un personnage et une œuvre qu’il connait parfaitement avec des poèmes mis en musique par différents artistes notamment Léo Ferré, Sapho, Barbara, Hubert-Felix Thiéfaine… Il lit aussi un texte de Patti Smith qui a acheté la maison d’enfance d’Arthur Rimbaud.
C’est un seul en scène qui donne envie de relire Rimbaud, de réécouter les artistes qui l’ont honoré.
Magnifique prestation d’Alain Klingler qui a une très belle diction, un jeu enthousiasmant au piano, une voix très juste dans le chant et pour réciter les poèmes. Il évoque la relation d’Arthur Rimbaud à la colère, à la fuite, à la mort, à l’amour...
Alain Klingler crée des liens et articule parfaitement les différentes périodes de la vie de ce créateur tourmenté. Alain Klingler nous permet de pénétrer dans l’intimité de ce poète et rend l’émotion de ses écrits en voguant sur ses vers.
C’est un spectacle enrichissant, émouvant et dynamique, à ne pas manquer lors du Festival d’Avignon pour ouvrir un espace de liberté et de poésie dans un monde qui nous malmène.

Brigitte Aubonnet 

Le circuit ordinaire
Texte : Jean-Claude Carrière
Mise en scène : Alexandre Tchobanoff
Interprétation : Stéphane Bierry, Yann Collette, Prisca Lona

Une jeune femme ouvre les volets d’un bar avec un comptoir, des tables et un jukebox. Elle lance une musique aux accents militaires. Dans ce lieu et ce moment quotidiens et ordinaires, l’inquiétant va s’inviter. Arrive un homme avec un gros dossier, "le commissaire". Puis entre un autre homme, "le rapporteur" convoqué par le premier car beaucoup de dossiers sur lui indiquent des problèmes dans son comportement qui ne sont pas admissibles dans le contexte de ce pays que l’on suppose avec un régime dictatorial.
Pas de lieu précis ni d’époque particulière, tout cela arrive et pourrait arriver dans n’importe quel lieu du monde et à n’importe quelle époque.
Le rapporteur indique, qu’en effet, sa mission était de signaler tous les comportements inappropriés de ses compatriotes. Le commissaire découvre que le rapporteur pouvait se tromper et même envoyer des accusations de mauvais comportements le concernant personnellement pour se dénoncer lui-même. Le commissaire veut vérifier qu’il ne ment pas mais peu à peu tout se complexifie. L’univers de Jean-Claude Carrière rejoint celui de Kafka.
Dans ce lieu banal, une situation inquiétante se dégage progressivement car l’on sent que dénoncer est une activité à laquelle le rapporteur prend plaisir. Il peut donc réaliser des erreurs qui ont des conséquences dramatiques pour les citoyens concernés mais cela fait partie de son travail. Il l’assume car il exécute ce qu’on lui demande de faire.
Où se situe la limite dans les ordres que l’on reçoit ? Quelle responsabilité a-t-on quand on remplit ce type de mission ? Comment exister dans une société totalitaire ?
Le lieu qui n’est pas un commissariat mais un banal bistrot, en principe convivial, renforce l’idée que le danger peut se situer partout et venir de tous ceux qui nous entourent.
La mise en scène où alternent le silence, des extraits de musique judicieusement choisis, le positionnement des acteurs notamment le rapporteur que l’on voit quasiment tout le temps de profil puisqu’il ne peut pas avoir un regard franc, accentuent l’angoisse qui monte au fur et à mesure. Le mélange de la réalité et du mensonge crée une confusion qui favorise une suspicion permanente entre les êtres et l’on ressent bien comment le commissaire peut être déstabilisé.  
Le jeu magistral de l’actrice – serveuse muette tout au long de la pièce mais qui observe, surveille, écoute tout – et des deux acteurs habités par leurs personnages rend parfaitement les émotions qui les traversent : l’inquiétude, la jouissance de la délation, la peur, la colère, la haine.
Comment séparer le vrai du faux ? L’utilisation du mensonge en le mélangeant à la réalité pollue nos vies et menace les démocraties. Cette pièce écrite en 2002, année où le Front National accédait au second tour des présidentielles, est terriblement d’actualité. Un texte fort, une mise en scène efficace, une interprétation de haut niveau, un spectacle intelligent et salutaire à voir absolument !

Brigitte Aubonnet 

Certains spectacles du Festival 2026 étaient déjà présents en 2025.
Retrouver ici nos articles les concernant :

La nouvelle Antigone
Anatomie d’une actrice
Humanistes
Ulysse à Gaza
Une histoire de la musique en 70 mn
Douze
Plus jamais Mozart



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Une loge
pour le strapontin





Site du Festival OFF :
www.festivaloff
avignon.com



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Théâtre
La nouvelle étincelle







Site de la Compagnie
du vent contraire








Théâtre La Factory









Site de la compagnie
Bacchus+5








Théâtre La Factory










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Théâtre La Factory










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Théâtre 100 noms














Théâtre
des Lucioles










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Théâtre
de l’Oriflamme










Site de la compagnie
Soleil Noir









Théâtre
de la Tache d’Encre





Le spectacle est repris
à Paris et ailleurs
à partir du 23 septembre

Voir le calendrier sur
le site de la compagnie :
boulegueproduction.com













Théâtre La Carreterie










Site de la compagnie
Du fil à retordre









Théâtre La Factory












Voir un autre spectacle
de la même compagnie :


93












Théâtre 3 Raisins












Site de la compagnie
La lune dans les pieds














Théâtre
Au verbe fou





Cette pièce sera reprise
à la Scène libre
du 2 au 27 septembre 2026



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Le texte a été publié
chez Lansman Editeur
et repris chez Hatier
pour les collèges.









Théâtre
de L’Oriflamme










Site de la compagnie
petitmanteaujaune.com















Théâtre
Épiscène










Site de la compagnie
boulegueproduction.com














Théâtre
L’Atelier44







Site de la compagnie
Quidam Théâtre













Théâtre
Au verbe fou











Théâtre
du Girasole







Site de la compagnie
Le Théâtre de Demain










Le texte a été publié
Actes Sud-Papiers





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