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La cellule d’enquête spéciale créée pour le meurtre du café de Jiyūgaoka répartit les tâches en groupes spécifiques qui remontent les résultats vers un coordinateur. Un travail minutieux de fourmis dont les membres doivent respecter les consignes. L’inspecteur Matsumiya Shūbei fait partie de l’un d’eux et plus spécifiquement celui chargé d’aller interroger différents correspondants de la victime. En l’occurrence le lieutenant Kaga coordonne l’enquête. Justement, les indices recensés concernant le meurtre de Mme Hanazuka Yayoi, la propriétaire du café de Jiyūgaoka, l’étonne et il en fait part à l’inspecteur Matsumiya qui en rend compte. « Apparemment, personne ne médit d’elle, ajouta-t-il. » Ce que certifie le subalterne. « Qu’une personne aussi bonne qu’elle ait été tuée est incroyable, et que quelqu’un ait pu la détester inimaginable. Les femmes à qui nous avons parlé étaient unanimes, répondit Matsumiya qui était toujours debout, les bras croisés. » Tous deux en déduisent qu’elle devait avoir une autre personnalité. « Personne n’a qu’un seul visage, c’est certain. Encore plus si l’on a dépassé les cinquante ans, répondit Kaga qui baissa les yeux vers les documents qu’il avait devant lui. » Un détail, les deux hommes sont des cousins. La réunion de la cellule d’enquête récapitule les premières données. L’investigation dans le voisinage ne fait état d’aucune présence suspecte dans le quartier et les caméras de surveillance n’apportent aucun élément pour orienter les enquêteurs. L’équipe chargée de la fouille de l’appartement n’apporte pas plus de piste. L’appartement était en ordre, personne ne l’avait visité depuis le départ de sa propriétaire et rien n’attestait des fréquentations masculines. Les policiers esquissent l’hypothèse que l’agresseur pouvait être un familier de la victime. Le meurtre est un mystère complet. Seules les cartes récentes de membre d’un club de sport et d’un institut de beauté trouvées dans le portefeuille de la victime conduisent Matsumiya et Hasabé à contacter le club pour connaître la raison de cette inscription un mois auparavant. Le coach ne connaissait guère plus la victime et les raisons de ce soudain engouement s’imposent, selon lui, avec beaucoup d’évidences. Mme Hanazuka Yayoi désirait améliorer sa silhouette sans doute pour plaire à un homme, mais lequel ? Un début de liste de contacts figurant dans le smartphone mène vers l’ex-mari, Watanuki Tetsuhiko. Les enquêteur se rendent à son domicile. Le divorce date d’une dizaine d’années auparavant. La séparation a surpris leur entourage car ils se sont quittés en bons termes, sans jamais plus se recontacter, sauf une semaine avant le meurtre. Monsieur Watanuki, cadre dans l’industrie pharmaceutique ne cache pas l’entrevue, une banale rencontre. L’un et l’autre s’assuraient que chacun allait bien. Le ton de Watanuki semble sincère et il a un alibi pour la plage horaire du meurtre mais les arguments ne convainquent pas Matsumiya. Une intuition floue dont il ne se débarrasse pas le chagrine. De son côté, son collègue Hasabé interroge la compagne, Nakaya Tayuko, une aide-soignante abasourdie par l’affaire. Un peu plus tard, Watanuki Tetsuhiko demande à récupérer les biens de la victime, il étonne les policiers sans pour autant faire figure se suspect. L’homme une procuration en main, à la demande des parents de la victime, dit avoir été désigné comme administrateur de la succession de leur fille, ce qui n’est pas tout à fait la vérité, après vérification. Le salon de thé principalement fréquenté par des dames, la présence d’un homme se remarquait par ses nombreuses venues. L’homme identifié, Shiomi Yukinobu, est à son tour interrogé à son domicile. Il visitait un chantier et avait découvert ce salon de thé par hasard. L’accueil chaleureux réservé aux clients l’a charmé, ainsi que la patronne et donc il y retournait souvent. Lui aussi a un alibi. Yukinobu vit avec sa fille, Mona, son épouse, Reiko étant décédée deux ans auparavant d’une leucémie. L’inspecteur Matsumiya doute de sa sincérité et en fait part à Kaga. « Il a déclaré qu’il ne savait pas grand-chose de la vie privée de Mme Hanazuka, mais quand je lui ai demandé si elle avait un homme dans sa vie, il m’a répondu qu’il ne le pensait pas, sur un ton qui montrait qu’il était sûr de ce qu’il disait. S’il ne savait pas grand-chose de sa vie privée, il aurait dû me répondre qu’il l’ignorait, non ? » D’autant que Yukinobu veut toujours préciser quelque chose à ses témoignages précédents. Un carnet en main, l’inspecteur Matsumiya et son collègue Hasabé font des allers-retours incessants, interrogent patiemment et avec une cordialité remarquable les personnes de l’entourage de la victime, notent tout, c’est-à-dire pas grand-chose pouvant faire avancer l’enquête. Ils piétinent, tournent en rond. L’inspecteur Matsumiya déplore même ne pas avoir un instinct de policier très développé. Le cousin Kaga, l’encourage. « L’instinct d’un policier est souvent erroné. Ceux d’entre nous qui ne s’en rendent pas compte et s’entêtent à suivre une mauvaise piste ne sont certainement pas de bons éléments. Mais si un policier se hâte de décider que son instinct l’a trompé parce que les faits ne lui donnent pas immédiatement raison, il ne pourra jamais devenir remarquable. » Matsumiya et Hasabé concentrent leurs efforts, retournent voir principalement Watanuki Tetsuhiko, l’ex-mari et Shiomi Yukinobu, l’admirateur de la victime. Rien ne les relie, sinon leur attitude. Ils semblent garder pour eux des faits décisifs qu’ils jugent, en leurs fors intérieurs, sans relations avec l’enquête. L’intuition suspicieuse de l’inspecteur Matsumiya s’en trouve renforcée sans toutefois en rien les incriminer de façon probante. Le lieutenant Kaga, pour des vérifications de routine, se rend au domicile de Watanuki Tetsuhiko. Absent, Nakaya Tayuko la compagne de celui-ci accueille le policier qui justement venait pour une question d’alibi que ses subordonnés avaient oublié de lui demander. Une conversation assez badine remettant dans son contexte une phrase favorite de la victime déclenche pourtant un coup d’éclat soudain et inattendu. Nakaya Tayuko avoue être la meurtrière. Nous ne sommes qu’à la moitié du livre. « Mona avait été un rayon d’espoir. Il aurait été incapable de décrire la joie qu’il avait ressentie lorsque Reiko avait accouché d’elle. Il l’avait prise dans ses bras, et les époux s’étaient promis que cette fois-ci, ils assureraient son bonheur. » Cette naissance n’est pas anodine et constitue le nœud gordien. Le trancher s’avère très problématique. Mona a vécu une petite enfance chouchoutée voire surprotégée mais difficile à accepter en liaison avec sa naissance. Elle en souffre plus surtout depuis le décès de sa mère et en fait le reproche à son père. « Mais nous ne sommes pas une famille normale ! Depuis ma naissance, je ne fais que remplacer. Je suis l’enfant que maman et toi avez fait pour vous distraire de votre chagrin d’avoir perdu deux enfants, n’est-ce pas ? » Shiomi Yukinobu et son épouse ont perdu leurs deux premiers enfants lors d’un tremblement de terre. Yukinobu devient taiseux au fil des rencontres avec l’inspecteur Matsumiya dont l’intuition s’illumine. Quant à Watanuki Tetsuhiko, maintenant administrateur des biens de Mme Hanazuka Yayoi son ex-épouse, il se comporte étrangement avec des photographies de la victime encore adolescente dérobées aux parents. Vol qui n’a pas manqué d’intriguer Matsumiya à l’intuition remarquable. Le fil de l'espoir dévoile un roman dans lequel se développe une intrigue romanesque débouchant vers une indéniable énigme policière. Keigo Higashino, habile romancier, joue des non-dits et malentendus familiaux, double l’enquête primitive d’un autre mystère qui concerne cette fois l’inspecteur Matsumiya Shūbei et sa mère. Michel Martinelli |
Sommaire Noir & polar ![]() Actes Noirs (Mars 2025) 368 pages - 23 € Version numérique 14,99 € Traduit du japonais par Sophie REFLE
Bio-bibliographie sur Wikipédia Retrouver sur notre site d'autres romans du même auteur : Un café maison Les sept divinités du bonheur Le cygne et la chauve-souris |
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