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Thomas VINAU
Je veux regarder longtemps leurs visages
Il s’agit d’une photo des enfants d’Izieu que l’auteur découvre par hasard et « qui lui dévore le cœur ».
D’abord regarder cette photo où trente et un enfants sourient à la vie. Les regarder attentivement, les observer un par un, détailler leur expression, leurs vêtements, leurs cheveux, célébrer leur beauté. Ils sont tous éblouissants de beauté.
« Tous les enfants du monde sont beaux. La douceur de leurs visages, la rondeur de leurs mimiques sont programmés pour nous attendrir, physiquement conçus pour susciter l’attention, la protection, afin que les adultes ne les dévorent pas immédiatement. [...] Ça ne fonctionne pas toujours. »
Leur redonner vie le temps de ce regard. L’intensité de ce regard pour combattre l’horreur de ce qui va venir. Repousser les images de la barbarie nazie qui s’imposent à l’auteur bien malgré lui. Il s’agit « d’enjamber l’horreur », de s’abîmer dans la contemplation de ces enfants.
« D’abord, ne pas chercher plus loin, ne pas fouiller ailleurs, ne pas creuser l’horreur. Ça viendra après, de toute façon […] D’ailleurs les voilà qui surgissent comme des camions dans la nuit, les images cannibales, les corps jetés dans les wagons. Alors je m’accroche à la photo, jette mes yeux dedans, encore, mes mots, mes maigres outils de prisonnier qui tombent en cendre, encore, ma cendre bleue de mots. »
Il ne s’agit pas de sauver ces enfants « impossible, trop tard ». Il s’agit « d’arnaquer les ténèbres […] Arnaquer un instant les ténèbres, pour arriver jusqu’à eux, un instant et, finalement, simplement, leur dire je pense à vous. » « C’est tout ce que l’on peut. »
Ce livre très court est un immense cri d’amour d’une poésie belle et douloureuse. La photo des enfants est reproduite en double page et aussi, de façon plus pâle, comme déjà oubliée, au début et à la fin du livre. Le lecteur peut à son tour admirer ces enfants éblouissants de beauté, qui grimacent dans le soleil, ceux qui ont tourné la tête au moment du cliché, « condamnés à l’invisible », ceux qui ont la tête rasée, celui pied nu qui tripote ses pieds sales, le grand au sourire blagueur, la timide, la naïve, la discrète, celui qui tire la langue. Une équipe composée, disparate, qui n’a en commun que « l’horreur de leur destinée ».
Il y eut quarante-cinq enfants à Izieu, tous déportés le 6 avril 1944, puis exterminés à Auschwitz. Au moment où l’on célèbre l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, où l’AFD allemande prétend que le nazisme était un mouvement « socialiste », voire « communiste », il est bon de rappeler que ces mêmes nazis, aidés de leurs collaborateurs français, ont dévoré ces enfants, parmi tant d’autres.
Nadine Dutier
(13/02/25)
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Sommaire
Lectures
La fosse aux ours
(Janvier 2025)
48 pages - 9 €

Thomas Vinau,
né à Toulouse en 1978, a déjà publié plusieurs dizaines de livres (romans, poésie, jeunesse).
Bio-bibliographie sur
Wikipédia
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