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Jean-François BEAUCHEMIN
Herbier du souvenir
Ce qui m’étonne, c’est à quel point il est facile d’oublier que nous respirons, que nous sommes heureux, que nous vivons. Le courant de la vie nous emporte.
Au fil de cet herbier, Jean-François Beauchemin, dont la belle et simple écriture n’est pas sans rappeler celle de Christian Bobin, évoque le terrible chagrin d’avoir perdu son frère, le manque inouï qu’il ressent. En mêlant sa douleur à son quotidien heureux, vivre avec sa femme, avec son vieux chat, discuter avec sa voisine philosophe, s’éblouir de la beauté du monde, il entasse, tels des petits cailloux sur un cairn pour ne pas perdre son chemin, tel un bouquet de fleurs des champs pour se souvenir du bonheur du jour, les souvenirs qu’il a de son frère, plus jeune que lui, poète et ayant terriblement souffert de schizophrénie.
La douleur est là à chaque page, la perte est irrémédiable mais l’écriture qui semble faire écho à nos propres pensées de lecteur en deuil, la simplicité des souvenirs rapportés mêlés de joie et de chagrin, permettent en lisant, et de pleurer beaucoup, et de redonner vie à ceux qui ne sont plus.
Même si : Je devine en tout cas qu’il y a désormais derrière ma porte un tourbillon de feuilles mortes, et plus loin, le radeau abandonné de l’enfance qui glisse tout seul sur les eaux profondes du crépuscule. Bien sûr il y a aussi la belle odeur de lessive et de pain jadis répandue autour de ma mère chaque lundi. Tout cela demeure, se fixe dans une surprenante immuabilité. Mais rien n’y fait : mon chagrin demeurera en moi quelque chose d’infiniment changeant, complexe, subtil, mobile comme une anémone dans le vent et, au fond, indescriptible.
Sylvie Lansade
(14/09/26)
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Québec Amérique
(Août 2026)
232 pages - 20 €
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