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Arnaud DUDEK


Le collectionneur d’adieux

Je voudrais un jour écrire un poème qui contienne tout. Le monde entier, dans un seul souffle. Les jours avec et les jours sans, les cerises et les bombes, les arcs-en-ciel et les panneaux publicitaires, les chihuahuas et les panthères, les mauvaises notes et les félicitations, les douleurs muettes et les caresses du vent.
Et puis je voudrais rêver chaque nuit du sourire de ma mère.

Est-ce Malo, collégien à Nancy, à la « Craffe », qui écrit dans son cahier neuf, bleu, où il a décidé de faire une collection d’adieux ou est-ce Arnaud Dudek dont les livres sont de gros doudous contre le mal-être ?  Les deux forcément, qui en quelques phrases courtes, sobres, tendres, percutantes, révèlent le chagrin qui enveloppe le père, le grand frère Enzo et Malo, le narrateur, dans un même amour pudique et empêché.
À table, mon père et moi on ne se parle quasiment pas. […] Nous mangeons en silence comme deux moines perdus dans leur recherche du sens de la vie.

Le premier adieu consigné sera justement une absence d’adieu ; celui du grand frère qui s’en va, comme on fuit, dans le cadre d’Erasmus, et qui s’en va en mettant en boîte son petit frère sans lui dire au revoir.
Enzo écrira son mal-être de Valence, en intervenant dans le roman cinq fois, en italique.
Ce genre de cailloux qu’on maudit mais qui forment un chemin. Et un chemin de cailloux, c’est mieux que rien du tout.

Une petite scène à la gare, le lieu même des adieux, et l’on voit Malo et sa cousine qu’il admire, la tendre et rebelle Farah, éviter aussi les effusions des départs. Farah adore les petits vieux dont elle s’occupe à l’Ehpad où les adieux, là, sont définitifs. Travail qui lui sert aussi à payer son équipement et ses matchs de boxe.
De ses histoires, elle pourrait faire un spectacle. Ou un podcast ; Je crois qu’elle n’en a pas conscience mais quand Farah parle, c’est comme la pluie en été : ça déboule sans prévenir, ça mouille un peu, ça t’énerve mais ça te réveille, et tu n’as pas envie que ça s’arrête parce que ça fait du bien.

Et puis Léonie entre dans la classe de Malo, va bousculer sa vie et le sortir de la torpeur douloureuse, cocon ouaté où son père, son frère et lui se sont réfugiés depuis la mort de la mère. C’est magnifique et simple comme un rayon de soleil après la pluie.
Hier, après le collège, j’ai montré mon cahier d’adieux à Léonie. Je ne sais pas pourquoi. L’envie est venue d’un coup. Elle l’a pris entre ses mains comme on tiendrait un petit oiseau fragile, en a caressé doucement la couverture.
– C’est quoi exactement ?
– Des petits textes. Des histoires que j’entends ou qu’on me raconte. Des trucs vrais, un peu trafiqués parfois. Des listes, aussi. Peut-être que plus tard j’en ferai un roman… Ou autre chose…Chais pas.
– C’est bien de ne pas savoir.
Elle a souri. Un vrai sourire, pas une grimace polie ou une moue de circonstance. Le sourire de ceux qui te font sentir que tu n’as pas fait de bêtise en te confiant.

J’espère être de ceux-là.

Sylvie Lansade 
(08/10/26)    



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Arnaud DUDEK, Le collectionneur d’adieux
Les livres de la Promenade

(Août 2026)
176 pages - 16 €





Arnaud Dudek

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