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Isabelle PANDAZOPOULOS


Mordre l’orage


Fanny est une femme écorchée vive. Elle attribue ses difficultés à maîtriser ses émotions, ses crises de somnambulisme, ses vertiges et ses crises d’eczéma à son enfance éclatée. Elle est passée d’orphelinat en familles d’accueil, abandonnée, rejetée, maltraitée jusqu’à en devenir impossible. Ce sont les livres qui l’ont sauvée.

Elle veut à tout prix préserver sa vie d’adulte de ses souvenirs d’enfance et cache soigneusement à sa famille – son mari adoré et ses deux enfants – ainsi qu’à ses collègues et amis ce qu’elle traîne avec elle de souffrance. Même si elle a été à la hauteur de ce que l’on attend d’une mère, elle a souvent été trop excessive dans son amour, trop agressive avec tous ceux qu’elle suspectait d’être dangereux pour ses enfants qui ont souvent eu honte du comportement de leur mère quand même inadapté.

Son travail la comble de bonheur. Elle est documentaliste dans un collège en zone d’éducation protégée. Des enfants très éloignés de la lecture qu’elle va apprivoiser et elle réussira souvent à leur communiquer sa passion pour les livres. Elle collabore avec ses collègues pour proposer des activités motivantes et valorisantes. Elle a même reçu les palmes académiques pour récompenser son opiniâtreté, ses réussites.

« Les mois de juin avaient toujours une saveur particulière. Quand arrivait l’été, Fanny exultait, plus active que jamais, recueillant le fruit de ses efforts – après avoir lutté jour après jour pour les faire avancer, qu’ils soient récalcitrants, bouillonnants, éruptifs, apathiques, déprimés, excités, ou juste enthousiastes et confiants - la classe média, le théâtre, la lecture à voix haute, la web radio, chaque projet était présenté, on se félicitait, émus, ils étaient si contents, toujours un peu étonnés d’y être arrivés, applaudis devant leurs parents endimanchés, complimentés et soudain tous résolus, les bons élèves comme les mauvais, les bons profs comme les mauvais, à recommencer l’année suivante, ensemble. »

Mais cet équilibre apparent est fragile. Il suffira de peu pour la ramener à son enfance, à ses angoisses. Quand la notaire lui apprend la mort de sa mère adoptive et la convoque à la lecture du testament pour procéder à l’héritage elle essaie d’échapper à cette confrontation, elle fuit la réalité autant qu’elle peut. Elle a pourtant la surprise d’hériter d’une maison dont elle ignorait l’existence, en pleine nature dans le Morvan et en bon état. Quand son mari et sa fille ne veulent plus la voir, c’est dans cette maison qu’elle va refaire sa vie. Et c’est là qu’elle va trouver sa vraie vocation. On lui remet aussi une enveloppe qui retrace toute son enfance et l’éclaire sur ses origines.

Ce roman est aussi en prise directe avec la réalité sociale de la France contemporaine : les attentats de 2015, le mouvement des gilets jaunes, la présence du Front National dans les campagnes. Fanny est combattive, elle n’hésite pas à se battre contre sa hiérarchie pour acheter les livres qu’elle juge utiles, pour maintenir la tournée du bibliobus dans les quartiers défavorisés.

Partager l’existence de Fanny le temps d’un livre n’est pas de tout repos. On tremble de la voir déclencher des esclandres, de la voir gâcher ses chances. Mais on partage son bonheur quand elle conseille un livre comme on prescrit un remède. Son jeu est de trouver le livre qui correspond parfaitement à la personnalité du lecteur. Le livre qui le fera vibrer, qui le comblera.

Avec une écriture et une construction parfaitement maîtrisées, Isabelle Pandazopoulos nous offre un roman d’une grande profondeur qui explore le poids de l’enfance dans la vie d’adulte et ce que l’on transmet malgré soi à ses enfants. L’enthousiasme et la fragilité de Fanny nous la font aimer, envers et contre tout.

Nadine Dutier 
(10/09/26)    



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Lectures






Isabelle Pandazopoulos, Mordre l’orage
Actes Sud

(Août 2026)
320 pages – 22,50 €

Version numérique
16,99 €




Isabelle Pandazopoulos
a enseigné auprès d’enfants en grande difficulté scolaire et en situation de handicap mental. Elle se consacre désormais à l’écriture.





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