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Philippe BESSON


Paris-Briançon


Un train de nuit, l’Intercités n°5789, des rencontres, des émotions, des actes, tout cela si bien articulé grâce à l’écriture habile de l’auteur, comme si de rien n’était… et pourtant…
Une annonce, déjà, dans le prologue – « Pour le moment, les passagers montent à bord, joyeux, épuisés, préoccupés ou rien de tout cela. Parmi eux certains seront morts au lever du jour. » – nous laisserait penser à un autre huis clos, à ce train d’Agatha Christie… mais il doit s’agir d’un clin d’œil sans doute…
Philippe Besson semble vouloir nous intriguer cependant avec le suspense annoncé, alors que le seul plaisir de retrouver son écriture aurait suffi ! Celle-là même qui roulerait à la vitesse de ce train de nuit, et nous parlerait toujours aussi délicatement, d’intimité soudaine, de découvertes, avec cette dose d’inconnu. Parce qu’il faut bien nous la rappeler à l’occasion ! Au cas où…

C’est ainsi que l’auteur nous invite à partager le voyage en compagnie d’une dizaine de personnes. Il nous précisera les âges ainsi que les métiers des protagonistes, pour nous permettre de voir comment et pourquoi se tissent ces curiosités, ou alors pourraient s’effleurer des destinées. Un couple de retraités, un groupe d’étudiants, une mère seule avec ses enfants, un médecin, un sportif, un représentant de commerce, seront tous dans ce train, soit par choix, soit parce qu’ils n’ont pu faire autrement ! Le hasard, le destin, des circonstances qui se rejoignent. Ou même s’inventent ! Ce qu’un des personnages formule ainsi : « Et vous savez ce que j’aime encore plus ? C’est les trains de nuit. Parce que, dans les trains de nuit on dit des trucs qu’on ne dirait pas autrement. »

Mais il ne faut peut-être pas laisser passer ce tout petit chapitre 8 :
« Et puis dans cette histoire, il y a un certain Giovanni Messina.
Il faudra bien parler de lui.
Mais chaque chose en son temps. »
Car on se demande où veut en venir Philippe Besson, qui s’adresse ainsi à ses lectrices et lecteurs.

Cette sorte de manipulation qui peut nous surprendre chez lui, alors que justement il nous prévient, garantirait ainsi notre plaisir, en l’agrémentant de ce suspense ? Jusque-là, nous avions connu cet art qui nous amenait lentement avec de petites touches subtiles et bien ciblées, à la profondeur se révélant dans les situations ou chez les personnages. Tout en nous invitant, par son écriture, à savourer ses analyses, comme ses propositions ou ses atmosphères. Or, ici, tout en conservant cette juste précision, il semble activer une autre musique. Car les dévoilements des uns, les pensées des autres, les jeux ou nouveaux élans confrontés, qui pourraient sembler presque ordinaires, dans ces circonstances, ne le sont qu’en apparence. Écoutons donc ainsi cette hardiesse délicate de Philippe Besson, puisqu’elle nous séduit tout en nous convainquant : « Car, se confier représente pour lui une forme de courage, il a tellement l’habitude de s’en tenir à la surface, de parler de la pluie et du beau temps […], oui il est tellement habitué aux mots sans importance que les mots qui comptent lui font peur, il est tellement habitué à surjouer la bonne humeur qu’il n’envisage jamais de laisser filtrer ses angoisses. Et des angoisses, il en a. »

Ou bien cet autre personnage qui avoue ceci :
« Je préfère leur mentir, à tous, parce que c’est plus facile. Ou moins difficile. Et pour leur mentir, je dois commencer par me mentir. Vous comprenez ? Je préfère jouer leur jeu. »

Alors, le train roule. « Le train contourne désormais Lyon. Pas question d’y entrer, on se tient à l’écart, on avance loin du tumulte, loin des hommes, avec une lenteur qui défie l’entendement et se moque de l’époque. »

Le hasard se trouve un peu partout ici, et il est celui qui peut décider d’un destin, d’une confidence, d’une orientation.

L'écriture de l'auteur, avec sa manière de nous raconter des histoires qui nous concernent toujours, a encore une fois visé juste en s’adressant à notre sensibilité, notre réflexion… et bien sûr, à notre plaisir !

Anne-Marie Boisson 
(12/01/22)    



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Lectures







Philippe BESSON, Paris-Briançon
Julliard

(Janvier 2022)
28 pages - 19

Version numérique
12,99






Philippe Besson,
né en 1967, écrivain, scénariste, critique littéraire et animateur de télévision, a écrit une vingtaine de livres et obtenu plusieurs prix.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia








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