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Filip FORGEAU


Victor Hugo, de père en filles


Adèle et Léopoldine, les deux filles de Victor Hugo, jouent à cache-cache, elles hantent la maison familiale de leurs fantômes.

Adèle : « Je plane comme au-dessus d’un miroir, sans savoir ce qui est profond ou bien simplement sombre… Peut-être faut-il simplement vivre en songeant à cet immense bien qui nous attend : la mort, après tout ? »

Adèle et Léopoldine parlent de leurs morts respectives et de celle de leur père.
Léopoldine s’est noyée avec Charles, son mari, alors qu’elle n’avait que dix-neuf ans, Adèle a vécu jusqu’à 85 ans. « J'ai toujours voulu mourir et j'ai enterré tout le monde. Tu avais 19 ans quand tu es morte, et moi 85 ans ! J'ai attendu plus de 70 ans pour te retrouver... Ah, que mon nom est lourd à porter ! »

Elles se parlent de leurs souvenirs, de leurs enfances, de leurs caractères si différents.
Adèle a beaucoup souffert de la peine ressentie par son père à la mort de sa fille Léopoldine. Elle s’est sentie moins aimée : « Toi, tu as hanté toute sa vie » dit-elle à sa sœur.
« – Lui qui croyait toujours voir le soleil, toute la lumière de sa vie s'en était allée.
– Un effondrement. Qui mettait fin à la fusion père-fille. "Si tu savais, ma fille, comme je suis enfant. Quand je songe à toi, mes yeux sont pleins de larmes, je voudrais ne jamais te quitter. Sur cette terre, ce qu'il y a de mieux pour nous, c'est nous. Il n'y a rien hors de cela : s'aimer". »

La mort est au cœur de cette pièce, elle rôde dans une maison abandonnée et vide. La pièce révèle les sentiments de Victor Hugo face à la mort de Léopoldine ainsi que le rôle de la création dans des situations douloureuses. Les relations entre les deux sœurs sont émouvantes et heureuses dans cette possibilité de se retrouver et d’échanger ensemble sur ce qu’elles ont vécu. Parler est essentiel face aux évènements dramatiques de la vie.

C’est un texte tout en délicatesse pour aborder un sujet qui nous concerne tous et nous permet de réfléchir ainsi à nos propres fonctionnements.



La chambre d’Anaïs

Anaïs Nin, née en 1903 à Neuilly et morte en 1977 à Los Angeles, rêve aussi de plusieurs femmes en elle, derrière un rideau : « Derrière, il y a un bruit de ressac. C'est que derrière le rideau, derrière la porte ou derrière le miroir, il y a une maison au bord de la mer. La maison au bord de la mer de mes rêves. Vous me suivez ? Un orage éclate dans mon rêve, pendant mon sommeil. Car je rêve aussi que je dors dans la maison de mes rêves. Que je dors, et que je rêve aussi. »

La frontière est poreuse entre réalité et rêve pour cette femme évanescente et multiple. Parfois, elle se ressent actrice ou personnage de théâtre. Un dialogue s’établit entre elle et une "Voix Journal" qui la renvoie à ses propres interrogations : « Et aujourd'hui encore, chaque fois que vous vous sentez délaissée, ce n'est pas vous mais cette enfant qui se considère comme oubliée, n'est-ce pas ? »

Elle écrit des poèmes, elle peint avec des mots de toutes les couleurs, elle va fonder un orphelinat car elle n’aura pas d’enfant à elle puisqu’elle va accoucher d’une petite fille mort-née. La mélancolie l’habite surtout depuis le moment où son père a quitté le domicile conjugal, lorsqu’elle était enfant, pour des raisons sexuelles : « Le désespoir a imprégné toute ma vie, ma vie entière. »

Elle éprouvait une passion pour son père alors qu’il la photographiait souvent.  Sa vie durant, elle a eu peur d’aimer de crainte de souffrir : « C'est que j'ai perdu tous ceux à qui je tenais. Toutes les maisons, tous les pays que j'aimais. Il vaut mieux n'aimer personne, parce que lorsque l'on aime, il faut ensuite se séparer et cela fait trop mal. »

Les fenêtres vont jouer un rôle important : « D'ailleurs, la seule chose que je possède est une fenêtre. Et souvent, je me tiens à la fenêtre ouverte de ma chambre et je respire profondément. Ma fenêtre est à la frontière de deux pays, de deux territoires : elle est à la frontière du réalisme et de la poésie. »

Cette pièce est une très belle introspection dans la complexité d’une femme créatrice tourmentée par ses démons liés à l’enfance et par le fait qu’une femme artiste est toujours considérée comme anormale, comme un monstre. L’écriture de Filip Forgeau nous plonge dans les eaux profondes d’Anaïs Nin avec beaucoup de délicatesse pour montrer la force et les failles de cette femme d’exception.  

Brigitte Aubonnet 
(05/07/21) 



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Théâtre








Les cygnes

96 pages - 12 €












Filip Forgeau,
auteur, metteur en scène, cinéaste et pédagogue, a écrit une cinquantaine de pièces et publié une vingtaine de livres.











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