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Jo NESBØ

Rat Island

Dans ce recueil de cinq nouvelles, Rat Island est la nouvelle la plus longue, 160 pages, un vrai roman. C’est la dernière publication (controversée) de Jo Nesbø et le deuxième recueil de nouvelles de l’auteur après De la jalousie.
« Tout est allé vite, de la découverte du virus à la pandémie, puis à la débâcle générale. Les gens tombaient comme des mouches. Conséquence d’abord de la maladie, puis l’effondrement de l’économie et, de fil en aiguille, des institutions politiques et sociales. »
Nesbø nous propose une dystopie, ainsi que dans les nouvelles La déchiqueteuse, Les cigales et Le cavalier noir.

Colin Lowe est un richissime homme d’affaires qui a acheté l’Île du Rat où il va se réfugier pour être en dehors de la ville en proie aux meurtres et aux pillages, en une sorte de Mad Max urbain. Will, le narrateur, est son juriste et néanmoins ami. Ils ont respectivement un fils, Brad, et une fille, Amy.
Au début de la nouvelle, en parlant de Brad, Colin demande à Will :
« – Donc tu ne penses pas que c’est simplement qu’il aime ça ?
– Aime quoi ?
– Le chaos, piller… détruire.
–  Je ne sais pas, avais-je dit. »
C’est bel et bien le chaos dans la ville, sous la domination des gangs. À la tête de l’un d’entre eux est Brad. Le problème est que Brad est amoureux d’Amy pour qui ce n’est pas réciproque. Alors Brad, à son naturel, va piller et détruire.
Pour les amis, Colin et Will, qui est toutefois aussi l’employé de Colin, commence le conflit.
« – Les gens se battront contre ton entropie, Colin. Ils veulent ce qu’il y a de mieux, ils veulent une société civilisée, ils veulent la "rule of law", l’état de droit.
– Ce que veulent les gens, c’est venger les injustices. […] Regarde l’histoire Will. Les vengeances de sang, les vendetta où des fils et des frères vengent leurs pères et leurs frères. »
Dans le chaos de la ville, dans l’amour paternel et dans l’amitié, ça va être le guide de chacun des protagonistes : la justice ou la vengeance, la raison ou le cœur. Alors s’instaure le pouvoir solitaire de l’argent qui permet la corruption et la force. Auquel vont répondre la force et la raison collective, sans oublier la ruse chère à Ulysse. Car c’est une épopée, un drame shakespearien que présente cette dystopie en grossissant à l’extrême les traits de notre société.

Dystopie également La déchiqueteuse qui broie les souvenirs pour que l’on ne puisse pas y retrouver un secret qui serait néfaste pour les sociétés. Enfin, il faut citer la dernière nouvelle, Le cavalier noir, qui est également une dystopie mais aussi une partie d’échecs avec un récit un peu gore comme l’affectionne, de temps en temps, Jo Nesbø. C’est également un petit régal d’escape game.

Quoique différent dans l’esprit, on retrouve dans ce recueil la même qualité de narration avec inventions, rebondissements et réalité grossie, la même qualité d’écriture que De la jalousie. Il n’y a pas que Harry Hole chez Nesbø.

Michel Lansade 
(18/06/24)    



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Noir & polar




Gallimard / SÚrie Noire

(Avril 2024)
448 pages - 21 €


Traduit du norvégien par
Céline Romand-Monnier




Jo Nesbø

Bio-bibliographie sur
Wikipédia




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